Une onde de choc aux implications européennes

«Inquiets» ou «consternés», députés, diplomates et fonctionnaires européens estimaient lundi que l’onde de choc du premier tour de l’élection présidentielle française aurait des répercussions dans l’ensemble de l’Europe.

«Inquiets» ou «consternés», députés, diplomates et fonctionnaires européens estimaient lundi que l’onde de choc du premier tour de l’élection présidentielle française aurait des répercussions dans l’ensemble de l’Europe.

«On ne parle que de ça. C’est à la fois la surprise et la consternation absolue», assurait un haut fonctionnaire en traduisant le sentiment général à Bruxelles, où l’on soulignait la portée du résultat de Jean-Marie Le Pen dans le contexte d’une poussée générale de l’extrême droite en Europe.

«Il y a un vent de droite qui souffle sur l’Europe depuis la victoire de Bush aux Etats-Unis», constatait l’ancien président portugais socialiste Mario Soares, aujourd’hui doyen du Parlement européen (PE), en citant la «montée très inquiétante d’une droite agressive et xénophobe» en Autriche, en Italie, au Danemark, au Portugal et en France.

«Et cela a une importance particulière lorsque cela se passe en France», un des pays les plus peuplés de l’Union européenne et «à tradition pro-européenne», ajoutait M. Soares.

«Un résultat où près de 30% des électeurs se sont abstenus et près de 30% des électeurs ont voté pour des candidats d’extrême droite ou d’extrême gauche aura probablement des implications non seulement pour la France mais aussi pour toute la classe politique européenne», estimait le président du PE, Pat Cox (libéral).

Pour Enrique Baron Crespo, président du groupe socialiste au PE, «face au défi de la construction européenne, il existe un certain réflexe de doute qui est exploité par l’extrême droite». «Il y a des groupes qui sont en train de retourner au pire de l’histoire de l’Europe», ajoutait-il, en «espérant» que le vote du premier tour en France «ne sera qu’une réaction épidermique».

Plusieurs diplomates assuraient également qu’il fallait attendre les résultats du second tour «avant de tirer des conclusions définitives».

«Le Pen a apparemment décidé de faire de l’Europe un thème majeur de sa campagne du second tour. Ce sera l’heure de vérité pour sonder les sentiments profonds des Français. S’il fait moins de 25% des voix, on pourra considérer que la France reste fidèle à ses valeurs démocratiques et européennes», expliquait l’un d’entre eux.

Tout en partageant cette analyse, un de ses collègues tenait à rappeler que «Jacques Chirac pouvait difficilement être considéré comme le meilleur défenseur possible de l’Europe».

Mais il regrettait surtout que le président français sortant comme son Premier ministre défait, Lionel Jospin, «aient tous deux préféré évacuer l’Europe des grands thèmes de leur campagne, laissant ainsi libre court aux fantasmes véhiculés par leurs adversaires».

Il voyait pourtant «un aspect positif» aux résultats de dimanche: «cela aidera peut-être les Français à se remettre plus souvent en question avant de donner des leçons de moralité aux autres Européens».

«On espérait que la France reprendrait toute sa place sur la scène européenne après les élections présidentielle et législatives. Mais il faudra sans doute attendre plus longtemps que prévu. C’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe au moment où il faudrait au contraire accélérer les préparatifs de l’élargissement et la réforme de la politique agricole», commentait de son côté un haut fonctionnaire.

Si la CDU (droite allemande) évince le chancelier Gerhard Schroeder lors des prochaines élections générales en Allemagne, «alors les carottes sont cuites en ce qui concerne l’accélération de l’intégration européenne», assurait même l’eurodéputé belge Pierre Jonckheer (Ecolo). (AFP)

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