20% d'extrême droite française

BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Un séisme. Si l'on additionne les votes de Jean-Marie Le Pen et ceux de Bruno Mégret, l'extrême droite française oscille autour des 20 pc des suffrages - du jamais vu. Les scores des 15,3 pc et 14 pc des présidentielles de 1995 et 1988 - qui, avant dimanche, faisaient figure de record pour cette famille politique -, sont pulvérisés.

Pourquoi l'électorat a-t-il massivement voté Le Pen? Pas spécialement par adhésion à ses idées, si l'on en croit les résultats d'un sondage diffusé dimanche soir. Près d'un électeur lépéniste sur deux (49 pc) a voté de la sorte pour s'opposer aux autres candidats, 26 pc pour que l'intéressé figure au second tour et 11 pc seulement pour qu'il soit élu, ce qui correspond précisément à l'étiage traditionnel de ce parti. De même, la principale qualité de Le Pen citée hier par les sondés était sa proximité. Hier, le patron du FN a notamment dû son tabac au vote jeune, ouvrier et sans emploi.

Jean-Marie Le Pen ne franchira probablement pas le second tour. Dès les premières heures de la soirée dimanche, plusieurs ténors du PS ont publiquement annoncé qu'ils voteraient Chirac.

En revanche, fidèle à sa doctrine ni gauche-ni droite, la trotskiste Arlette Laguiller - qui n'a récolté que 5,9 maigres pc, loin du score à deux chiffres que les sondages lui promettaient, et à peine plus que le jeune Besancenot - a d'emblée refusé de donner une consigne de vote en faveur du candidat de la droite démocratique. Brunot Mégret, en revanche, l'ancien dauphin de Jean-Marie Le Pen et jusqu'à dimanche son grand rival, a appelé sans états d'âme à voter en sa faveur. Dans une certaine mesure, cependant, le score-fleuve du septuagénaire est pour une mauvaise nouvelle pour Mégret: il va retarder son départ à la retraite et marginaliser la frèle dissidence du FN.

UNE NOUVELLE COHABITATION?

En attendant, la campagne du second tour sera évidemment complètement atypique, axée essentiellement sur deux thèmes - l'insécurité et les `affaires´ - qui ont toujours constitué le fond de commerce de l'extrême droite. Elle sera aussi sanglante: les deux hommes se détestent cordialement. Elle risque aussi d'être délicate: Chirac acceptera-t-il de débattre en face-à-face télévisé avec son rival? Enfin, elle annonce des législatives cruciales, voire une nouvelle cohabitation à leur issue puisque les triangulaires vont majoritairement être favorables à la gauche.

La présence historique de l'extrême droite au second tour est évidemment l'événement majeur. Elle ne devrait toutefois pas éclipser d'autres évolutions majeures.

En premier lieu, bien entendu, la faiblesse tout aussi historique du score du candidat socialiste. Lionel Jospin fait plus de 4 points de moins que son résultat de 1995 et récolte deux fois moins de voix que Mitterrand au premier tour de 1988 (34,09 pc). L'homme n'est pas seul en cause: son échec est dû en partie aussi à l'éparpillement du vote de gauche et à la faiblesse des scores de Jean-Pierre Chevènement et du Vert Noël Mamère, tous deux scotchés à 5 pc. Reste que Lionel Jospin a annoncé son retrait de la vie politique inaugurant désormais la reprise en mains du PS par une nouvelle génération.

Reprise en mains aussi au PC, qui subit une déroute pareillement historique. Robert Hue ne récolte que 3,5 pc des suffrages: c'est près de deux fois moins que ce qui, jusqu'à dimanche, faisait encore figure de plus mauvais score de toute l'histoire du parti, les 6,8 pc d'André Lajoignie en 1988. Hue a-t-il encore un avenir politique? Hier soir, la secrétaire nationale du PC, Marie-George Buffet, a charitablement laissé de côté la question. Elle sera toutefois posée dès lundi. La même interrogation sera de mise à Démocratie Libérale, dont le leader Alain Madelin s'est écrasé loin de la barre des 5 pc. Avoisinant les 7 pc, son rival centriste François Bayrou, en revanche, limite les dégâts.

© La Libre Belgique 2002

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