La France se réveille avec la gueule de bois

La France s’est réveillée avec la gueule de bois, lundi matin, au lendemain du tremblement de terre électoral du premier tour de la présidentielle qui a englouti le candidat socialiste, laissant face à face pour le deuxième tour Jacques Chirac (19,67%) et Jean-Marie Le Pen (17,02%). Le premier ministre Lionel Jospin, lui, a annoncé son retrait de la vie politique française.Lisez aussi notre éditorial et l'interview de Louis Michel

La France se réveille avec la gueule de bois
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AFP

La France s’est réveillée avec la gueule de bois, lundi matin, au lendemain du tremblement de terre électoral du premier tour de la présidentielle qui a englouti le candidat socialiste, laissant face à face pour le deuxième tour Jacques Chirac (19,67%) et Jean-Marie Le Pen (17,02%).

«Séisme », «choc », «bombe », la presse nationale française affichait son incrédulité, décrivant comme Libération «un pays déboussolé » ou comme le Figaro un «décalage profond entre la représentation électorale et la réalité de l’électorat ».

Dans plusieurs grandes villes de France, la nuit a été marquée par des manifestations spontanées contre M. Le Pen. Ils étaient quelque dix mille à Paris et les CRS ont fait usage de grenades lacrymogènes pour dégager les abords de l’Assemblée Nationale.

Les Français se sont divisés dimanche presque à égalité en quatre groupes: les abstentionnistes, les extrémistes, la gauche plurielle - à condition d’y réintégrer Jean-Pierre Chevènement - et la droite parlementaire.

INFOGRAPHIES
Les résultats définitifs à l'issue du premier tour
Carte de France de Jacques Chirac
Carte de France de Jean-Marie Le Pen
Carte de France de Lionel Jospin
La France scindée
Le taux d’abstention de 27,63% est sans précédent à un scrutin présidentiel. Combiné avec le score de 10,53% des voix réalisé au total par les trois candidats trotskistes, il explique pour une bonne part l’échec du Parti socialiste, éliminée du second tour pour la première fois depuis 1969.

Le Premier ministre Lionel Jospin (16,07%) qui, présent au deuxième tour, aurait logiquement remis sa démission lundi au président de la République, en a rapidement tiré les conséquences: Assumant «pleinement la responsabilité » de cet «échec », il conservera ses fonctions jusqu’au deuxième tour et se retirera de la vie politique après.

Encore sous le choc, plusieurs responsables du PS ont aussitôt donné le coup d’envoi des législatives des 9 et 16 juin, appelant, comme Jean-Luc Mélenchon, à «bloquer Le Pen le 5 mai » et à «battre Chirac et la droite » un mois plus tard.

Reste toutefois pour les socialistes, dont le bureau national devait se réunir lundi en fin de matinée, à se mettre en ordre de bataille pour ce qui s’annonce comme un troisième tour, avec le risque de voir s’affronter pour en prendre la tête des poids lourds comme Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius mais aussi François Hollande.

Il leur faut également tenir compte des scores de leurs partenaires dans la majorité sortante. La défaite est historique pour le Parti communiste de Robert Hue, crédité de 3,41% des voix. Avec 5,27% des suffrages, les Verts conduits par Noël Mamère, progressent mais ne décollent pas. Quant à Jean-Pierre Chevènement, qui ambitionnait de jouer le troisième homme, il a raté son pari en dépassant à peine la barre des 5 %.

Le défi est sérieux aussi pour Jacques Chirac, quasiment assuré d’un score de maréchal au second tour, mais qui va devoir, pendant les quinze jours à venir, incarner les valeurs républicaines contre l’extrême droite sans démobiliser ses partisans.

Il a pris acte des résultats avec retenue, appelant les Français à se rassembler pour un «sursaut démocratique », afin de «défendre les droits de l’Homme », «garantir la cohésion de la Nation », «affirmer l’unité de la République », «restaurer l’autorité de l’Etat ».

Antoine Rufenacht, son directeur de campagne, a souligné lundi matin que «rien ne serait pire que de s’engager dans une nouvelle cohabitation ». Pour lui, «il est essentiel qu’autour de Jacques Chirac puisse se rassembler une vraie majorité présidentielle qui permettra au président de la République d’engager les réformes ».

La question se posait lundi de savoir si le président sortant allait sacrifier à la tradition du débat télévisé avec Jean-Marie Le Pen avant le deuxième tour. Jacques Chirac «ne souhaite pas ce débat », a indiqué Roselyne Bachelot, son porte-parole de campagne, qui avait déclaré le contraire la veille au soir. «Il jugera dans les prochaines heures ce qu’il va faire », a-t-elle dit.

Le candidat UDF François Bayrou tire son épingle du jeu. Longtemps scotché à 3% dans les sondages, il s’est taillé la quatrième place avec 6,89% des voix, renvoyant loin derrière lui, à 3,92% son rival DL Alain Madelin.

Pour lui, «il ne suffira pas de faire barrage à l’extrême droite comme il est naturel, il faut aussi tout refonder, tout repenser, tout reconstruire ».


Premières déclarations Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle en France est «une grande défaite des deux leaders de l’établissement», a déclaré dimanche soir le président du Front national (extrême-droite), Jean-Marie Le Pen, arrivé en deuxième position selon les instituts de sondages. «Je pense que la décence voudrait qu’ils disparaissent de cette compétition, compte tenu du fait qu’ils sont ultra-minoritaires dans ce pays», a déclaré M. Le Pen depuis son quartier général de campagne, à Saint-Cloud. M. Le Pen a attribué son score au fait qu’il y d’abord et avant tout «le rejet des gens qui les ont dirigés aussi inefficacement pendant cinq et sept ans», durée respectives des mandats de M. Jospin comme Premier ministre et de M. Chirac comme président. «Les Français ne voulaient plus que l’avenir du pays se résume en un duel entre Chirac et Jospin», a-t-il ajouté. Interrogé sur ses chances de l’emporter au second tour, il a estimé qu’ «elles ne dépendent pas de moi. Elles dépendent du peuple français et de sa volonté de s’arracher à la pression des systèmes et à la décadence qui frappe notre pays». «D’ores et déjà, mon état-major se met en mesure de préparer le deuxième tour. Je vais réunir le 1er mai comme chaque année, et je pense que nous serons 100.000 avenue de l’Opéra et place de l’Opéra (à Paris)". La France scindée

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