Réactions belges

Le gouvernement annule une réunion

Curieuse coïncidence. Alors que le candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen sortait vainqueur moral du premier tour des présidentielles en France, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt et les six présidents des partis de la majorité devaient se réunir pour tenter de se mettre d'accord sur une réforme censée - notamment - mettre les institutions politiques belges à l'abri de dérives poujadistes. A l'étude: l'idée d'instaurer un seuil minimal de 5 pc des suffrages comme condition d'éligibilité, de modifier la composition du Sénat pour en faire une assemblée représentative des Régions et des Communautés, de revoir le mode de révision de la Constitution et d'agrandir les circonscriptions électorales. A 20 heures, quand les premières estimations fiables sont tombées en France, on savait qu'il n'y aurait pas d'accord. Au boulevard de l'Empereur, le président du PS, Elio Di Rupo, avait `le moral dans les talons´. Il prévenait sans traîner le Premier ministre qu'il n'irait pas à la réunion. Et sans le président des socialistes francophones, on voit mal comment la réunion aurait pu se tenir.

Les Belges atterrés

Hier soir, c'étaient toujours les mêmes mots qui revenaient dans les états-majors politiques: ` c'est une catastrophe pour la démocratie ´, ` quelle tristesse ´. Des questions faussement désabusées sont entendues. ` Nous ne pouvions déjà plus aller skier en Autriche. Allons-nous devoir supprimer nos vacances au Lubéron? ´ Au ministère des Affaires étrangères, Louis Michel est rivé à son écran de télévision. Il ne veut pas réagir trop à chaud. Mais il concède d'emblée: ` Je suis abasourdi, abasourdi...´ C'est cependant dans les partis catalogués à gauche que la déception est la plus cruelle. Au PS, on analyse la défaite du candidat Jospin. ` En France, dit-on dans l'entourage d'Elio Di Rupo, la gauche a commis l'erreur de faire croire que la gauche et la droite, c'était la même chose. Il faut oser dire ce qu'on est.´ Même son de cloche chez Ecolo. ` C'est la défaite d'une certaine conception de la politique, concède Jacques Bauduin, secrétaire fédéral. En France, tous les candidats de la gauche ont couru au centre, à la recherche d'un électorat du marais. ´ Et d'en appeler à une clarification du débat. ` En Belgique, la figure de proue du MR (Louis Michel - NdlR) brouille la clarté du débat politique. Mais je constate depuis quelque temps que les ambiguïtés de l'arc-en-ciel ont tendance à se lever ces derniers temps. ´ Entendez: Ecolo et PS s'entendent de mieux en mieux.

© La Libre Belgique 2002

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