A droite, toutes!

La droite et l'extrême droite s'affirment dans l'Union européenne. Cette année sera significative pour le rapport de forces politiques

SABINE VERHEST

Où s'arrêtera-t-elle? Scrutin après scrutin, la droite plus ou moins dure - libérale et conservatrice, populiste et extrémiste - s'affirme dans les pays d'Europe occidentale, infligeant revers sur revers à une gauche apparemment impuissante. Il paraît loin le temps où la sociale-démocratie triomphante participait à treize des quinze gouvernements de l'Union, isolant un temps l'Espagnol José Maria Aznar (Partido Popular) et l'Irlandais Bertie Ahern (Fianna Fail).

Ces deux dernières années, le socialiste grec Costas Simitis, réélu en avril 2000, et le travailliste britannique Tony Blair, plébiscité une seconde fois en juin 2001 (sur un programme pas très social-démocrate, il faut bien le dire), sont les seuls Premiers ministres à avoir résisté à la déliquescence de l'Europe rose.

LE COUP DE TONNERRE AUTRICHIEN

C'est en Autriche que le premier coup de tonnerre a résonné, avec la formation, en février 2000, d'une coalition gouvernementale entre les conservateurs (VP) de Wolfgang Schüssel et les extrémistes de Jörg Haider (FP). Indignation. Emmenés par la Belgique et la France, les quatorze partenaires européens de Vienne réagissent en prenant des sanctions symboliques contre une Autriche diabolisée; avant de se résigner à abandonner une situation devenue aussi embarrassante qu'intenable. Le score de Jean-Marie Le Pen est une `claque à retardement pour les initiateurs des sanctions´

En conclut Peter Sichrovsky, le secrétaire général du FP. Les Français ont `donné une leçon aux partis qui veulent masquer leur manque d'idées politiques avec des arguments pseudo-moraux´.

Il est piquant de noter a posteriori que les deux pays les moins enthousiastes à isoler l'Autriche à l'époque ne sont autres que l'Italie et le Danemark qui s'acoquineront en 2001 avec des partis extrémistes. Quand Silvio Berlusconi (Forza Italia) accède au pouvoir en mai de l'an dernier avec le post-fasciste Gianfranco Fini (Alleanza Nazionale) et le régionaliste Umberto Bossi (Lega Nord), les Européens évitent soigneusement de fustiger la coalition qui avait déjà dirigé brièvement le pays en 1994. Même chose six mois plus tard, quand les Danois mettent fin à neuf ans de règne social-démocrate, en conduisant au pouvoir un gouvernement minoritaire libéral (V) et conservateur (KF), mené par Anders Fogh Rasmussen avec l'appui extérieur du Parti du peuple danois (DF). Le résultat de ce tournant ne se fait d'ailleurs pas attendre puisque la nouvelle majorité propose de restreindre l'accès du territoire aux étrangers, de limiter le regroupement familial et de réduire l'aide publique aux réfugiés. Le DF estime d'ailleurs que le résultat `spectaculaire´ de Le Pen doit être vu comme une `sanction, comme au Danemark´, de la politique d'immigration menée par le gouvernement.

Dans ce contexte, les yeux se tournent à présent vers les Pays-Bas, où Pim Fortuyn, après avoir raflé 34 pc des sièges du conseil communal de Rotterdam le 6 mars dernier, briguera le 15 mai le poste de Premier ministre à coup d'arguments démagogues et xénophobes abattant toujours plus la coalition violette démissionnaire du travailliste Wim Kok (PvdA).

LA DROITE TRADITIONNELLE

La droite traditionnelle signe également un retour dans plusieurs pays européens, au détriment de la gauche. En septembre 2001, conservateurs (H), démocrates-chrétiens (KrF) et libéraux (V) norvégiens chassent les sociaux-démocrates du pouvoir, sans s'allier au populiste Parti du progrès (FrP). Plus récemment, à l'issue des élections du 17 mars, les socialistes portugais doivent eux aussi se résigner à donner les clefs du pouvoir à une coalition de centre-droit (PSD et PP).

DES SCRUTINS, ENCORE

Cette année se révélera d'autant plus significative pour le rapport de forces politiques en Europe qu'en plus des scrutins portugais, français et néerlandais, des élections législatives doivent encore se tenir en Irlande, en Suède et en Allemagne. En Eire, le Parti travailliste ne s'avère pas franchement menaçant pour la droite, tandis qu'en Suède, les sociaux-démocrates, à la tête d'un gouvernement minoritaire, pourraient tenir le coup.

Les jeux se révèlent en revanche plus ouverts en Allemagne. Le Parti social-démocrate (SPD) de Gerhard Schröder a en effet essuyé un cuisant échec dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt. A cinq mois des élections fédérales du 22 septembre, le SPD a été balayé par l'Union chrétienne-démocrate (CDU), un résultat de bon augure pour le ministre-président de la riche et dynamique Bavière, le chrétien-social (et très à droite) Edmund Stoiber (CSU), rival du chancelier sortant.

© La Libre Belgique 2002

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