Echec historique de Jospin et de la gauche plurielle

Lionel Jospin a subi dimanche un échec historique, la gauche plurielle avec lui, et il en a tiré les conséquences en annonçant son retrait de la vie politique.

Jamais depuis 1969, la gauche n'avait été éliminée du second tour d'une présidentielle. Et encore, il y a 23 ans, les deux finalistes étaient un gaulliste, Georges Pompidou, et un centriste, Alain Poher. Cette année, le second tour opposera la droite et l'extrême droite.

Peu avant 22H30, Lionel Jospin a lu une déclaration solennelle à son siège de campagne: "Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j'assume pleinement la responsabilité de cet échec, et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique, mais après la fin de l'élection présidentielle". Il n'a pas dit un mot du second tour. Les socialistes devraient annoncer leur position en début de semaine. En revanche, le Premier ministre a appelé "les socialistes et la gauche à se mobiliser et à se rassembler dès maintenant pour les élections législatives".

Pendant cinq ans, Lionel Jospin n'a pas souffert de désaffection dans l'opinion, malgré la longueur de son bail, le plus long à Matignon depuis Raymond Barre il y a 21 ans. Au contraire, son bilan, sur lequel les Français ont porté jusqu'au bout un jugement positif, était considéré comme son principal atout. "Je reste fier du travail accompli", a-t-il dit dimanche soir. Si les Français portaient à son crédit son sérieux et sa rigueur, ils ont manifestement préféré deux candidats jouant sur un registre plus populiste, avec comme thème central l'insécurité. S'il avait réussi en 1995 à "fendre l'armure", selon sa propre expression, il a peut-être souffert de sa trop grande pudeur donnant de lui une image austère.

Le candidat socialiste a longtemps été donné favori par les instituts de sondage. Une évolution s'était manifestée dans les dernières semaines. Mais à aucun moment, il ne semblait menacé de ne pas participer au face à face du second tour.

Dimanche, Lionel Jospin a semble-t-il été victime d'un rejet. La faiblesse de son score peut s'expliquer par la dispersion des voix sur 16 candidats, dont huit de gauche. Mais au-delà, c'est l'ensemble de la gauche de gouvernement qui recule. Ses cinq composantes, y compris Jean-Pierre Chevènement, ne totaliserait qu'environ 30% des suffrages. Le parti communiste est laminé avec seulement 3,5% pour son candidat Robert Hue. Il est devancé non seulement par les Verts qui passent à peine la barre des 5%, mais aussi par Jean-Pierre Chevènement. Pour les radicaux de gauche, Christiane Taubira serait à 2%.

En revanche, l'extrême gauche trotskiste qui ne se reconnaît pas dans la gauche classique fait une percée avec plus de 10% des voix. L'ensemble de la gauche ne rassemble donc plus que 40%, contre 40% pour la droite classique et 20% pour l'extrême droite. Malgré les dénégations de Lionel Jospin sur le fait qu'il n'était "pas le sortant" de ce scrutin, les Français l'ont peut-être considéré comme tel à l'issue de cette très longue cohabitation dans laquelle il exerçait l'essentiel du pouvoir face à un chef de l'Etat affaibli par la dissolution ratée de 1997.

Un premier coup de semonce avait été donné lors des municipales de mars 2001. Tout le monde prédisait une victoire de la gauche, qui avait finalement perdu dans nombre de villes moyennes même si elle était parvenue à gagner Paris et Lyon. Mais à l'époque, cette défaite n'avait pas profité à une extrême droite divisée. En étant éliminé du second tour, le Premier ministre candidat connaît le même sort qu'Edouard Balladur en 1995. Comme si une malédiction planait sur Matignon, dont aucun des locataires n'est parvenu à passer directement à l'Elysée.

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