L’Europe sous le choc affiche son inquiétude

L’Europe s’est réveillée lundi en état de choc après la percée sans précédent du dirigeant d’extrême droite Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle française, mais aussi inquiète des conséquences en France et dans le reste du continent. Tous les grands journaux européens consacrent lundi de nombreuses pages et éditoriaux à ce qu’ils qualifient, à l’instar de la presse française, de «séisme»

L’Europe s’est réveillée lundi en état de choc après la percée sans précédent du dirigeant d’extrême droite Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle française, mais aussi inquiète des conséquences en France et dans le reste du continent.

Tous les grands journaux européens consacrent lundi de nombreuses pages et éditoriaux à ce qu’ils qualifient, à l’instar de la presse française, de «séisme» ou de «tremblement de terre» au lendemain d’un premier tour qui a pris de court les voisins de la France.

La presse britannique s’est montré la plus sévère en qualifiant l’élection de «Jour de honte pour la France», selon le titre de l’éditorial de l’influent tabloïd The Sun.

La presse dite de qualité n’est pas en reste et une partie d’entre elle accuse les électeurs, qui «devraient être choqués», selon le Times.

Mais les critiques les plus dures sont formulées à l’encontre de la classe politique française, accusée d’être responsable de ce résultat inespéré pour un «candidat représentant la droite xénophobe et anti-immigrés», poursuit le Times. Cette élection est le «triste reflet de l’état de la politique française», écrit le Daily Telegraph (droite). C’est aussi une «grande défaite pour un système politique corrompu, arrogant et loin des préoccupations des gens de la rue», renchérit le Daily Mail.

Le quotidien polonais Rzeczpospolita va plus loin, estimant que les propositions de Jean-Marie Le Pen «trouvent un écho, parce que les principaux partis français ne savent pas résoudre les problèmes de l’immigration et de la sécurité publique».

Le Pen a également «profité du fait que le conservateur (Jacques) Chirac et le socialiste Lionel Jospin ont concentré leurs campagnes sur le thème de l’insécurité, un domaine où l’extrème-droite mène la barque», juge en Allemagne le quotidien Tagesspiegel.

Certains commentateurs européens s’interrogent sur les conséquences pour la démocratie française après ce vote historique, symbole d’un «mal français», selon la Tribune de Genève.

«Les institutions de la cinquième république ne sortiront pas indemnes de ce scrutin», estime ainsi Le Temps, un autre quotidien helvétique.

«Qu’un Premier ministre honorable ait été mis hors course par un soudard d’extrème-droite est une sensation comme la Vème république n’en a encore jamais vécue. Les conséquences sont encore imprévisibles», constate pour sa part le journal allemand Sueddeutsche Zeitung.

En Italie, où l’arrivée au pouvoir du milliardaire Silvio Berlusconi avait été l’objet de vives critiques en France, la presse estime que le succès de Le Pen est une «leçon à méditer» et que la France, souvent donneuse de leçons devrait parfois balayer devant sa porte.

«Après le vote d’hier en France, beaucoup vont se demander si la formule italienne n’est pas préférable à la française et si certaines critiques adressées au gouvernement italien ne méritent pas aujourd’hui un sourire ironique», écrit ainsi le Corriere della Sera (conservateur).

«France, réveille-toi!», tonne pour sa part le quotidien populaire suédois Expressen en faisant allusion au fort taux d’abstention (27,2%) de ce scrutin.

«Les Français doivent se réveiller tôt (dimanche 5 mai, 2nd tour de l’élection, ndlr), se rendre dans les bureaux de vote et choisir Jacques Chirac, un homme certes accusé de corruption mais présentable, pour le prochain mandat présidentiel», estime Expressen. «Cela dit, c’est un jour de honte pour la France et une ombre qui tombe sur l’Europe», conclut le quotidien.

La presse autrichienne invite lundi la France à l’introspection après le succès remporté dimanche par le dirigeant d’extrême droite Jean-Marie le Pen au premier tour de l’élection présidentielle.

«La France ferait mieux de se regarder elle-même plutôt que de faire la morale aux autres», commente la Kronen Zeitung (populaire) en rappelant que Paris avait poussé pour que l’Union européenne adopte des sanctions contre l’Autriche lorsque, en 2000, l’extrême droite avait formé un gouvernement de coalition avec les conservateurs.

«Avec la victoire de Le Pen et la débacle des socialistes, nous devons nous souvenir de l’époque des sanctions lorsque la presse parisienne nous tombait dessus pour qualifier l’Autriche de pays nazi», poursuit ce journal qui est lu par un Autrichien sur deux.

«Partout où les conservateurs et les socialistes se partagent le pouvoir, les populistes enregistrent des victoires», souligne le quotidien Der Standard (centre-gauche). Le journal donne en exemple les grandes coalitions gauche-droite formées dans l’Histoire politique récente du pays et qui, selon lui, ont permis la montée de Joerg Haider, l’homme fort de l’extrême droite autrichienne.

Sur le même sujet