Michel:" Que les démocrates cessent de se diaboliser"

VINCENT ROCOUR

ENTRETIEN

Louis Michel, que vous inspire le résultat enregistré par Jean-Marie Le Pen?

C'est évidemment décevant. Mais il y a quand un même un motif de satisfaction: c'est la présence au second tour, d'un démocrate indiscutable qui arrive largement en tête. Jacques Chirac a toujours combattu Le Pen et n'a jamais transigé avec l'extrême droite. Il n'a jamais non plus instrumentalisé l'extrême droite contre les autres. C'est un signe important.

Vous ne pouvez pas imaginer Le Pen vainqueur du deuxième tour?

Non. Chirac va gagner. Je rappellerais par ailleurs que je fus un des rares à avoir refusé de banaliser l'émergence du courant raciste. Mais quand j'ai dénoncé ce qui s'est passé en Autriche et en Italie, je me sentais parfois bien seul.

Quelles leçons politiques tirez-vous de ce premier tour?

Je pense qu'il faut arrêter de diaboliser certains thèmes. L'insécurité par exemple. Il ne faut pas tout le temps rabâcher les oreilles avec ce problème. Mais il est impératif de s'y attaquer. Il faut prendre des mesures pour le combattre. Par exemple, reconnaître un véritable droit aux victimes, au moins autant intangible si pas plus que le sacro-saint droit des coupables.

Il faut aussi avoir le courage d'affirmer des valeurs comme le travail, la responsabilité, le mérite, l'effort, la liberté, des valeurs qui sont aujourd'hui souvent brocardées, parfois même diabolisées. Tout comme il faut cesser de laisser croire aux gens qu'on peut atteindre un haut niveau de redistribution des richesses avant même de les créer.

Les analystes expliquent la montée de l'extrême droite par l'obsession des partis démocratiques à occuper le centre et donc à édulcorer leurs discours. Le centre, n'est-ce pas pourtant précisément la place que le MR prétend vouloir investir?

Ce problème ne se pose pas ici. En Belgique, vous avez une gauche bien identifiée et un centre libéral que nous occupons. C'est très clair: le Mouvement réformateur est très différent de la gauche, aussi bien des écolos que des socialistes. Au-delà d'un corpus commun de valeurs démocratiques, tous nos choix de société sont très différents. La preuve, c'est que nous avons une coalition qui est en débat permanent et public.

Hier l'Autriche et l'Italie, aujourd'hui la France, demain peut-être les Pays-Bas. C'est l'Europe qui est touchée...

C'est inquiétant. Et la meilleure façon de combattre cela, c'est que les démocrates cessent de se diaboliser.

Je constate que la gauche diabolise très souvent les libéraux. Tout est de la faute du libéralisme, du grand capital, etc. Arrêtons ces vieilleries. La gauche doit cesser de diaboliser les autres démocrates. Je n'ai de leçon de démocratie à recevoir de personne. Et je n'en donnerai pas non plus.

© La Libre Belgique 2002

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