Patrick Dewael: `La sécurité, un souci légitime des gens´

Le ministre-président flamand estime que l'ont doit être attentif aux problèmes réels de la population, notamment un sentiment d'insécurité. Le cordon sanitaire, dit-il, ne doit pas empêcher un débat avec le Vlaams Blok. Et la situation anversoise? `Le temps des responsabilités est venu´

PAR OLIVIER MOUTON

ENTRETIEN

Traduit en français, le livre `Respect mutuel´ du ministre-président flamand Patrick Dewael sera présenté mercredi en présence d'Elio Di Rupo, président du PS. Consacré à la lutte contre le Vlaams Blok, cet ouvrage tombe à point nommé. `Malheureusement´, précise l'excellence libérale. L'occasion d'émettre à `La Libre´ des considérations pour répondre à une question cruciale: comment éradiquer l'extrême droite?

Sécurité. `Les gens attendent des autorités qu'elles protègent leur intégrité physique, qu'elles assurent la sécurité de leurs biens... On le voit en France, mais aussi dans d'autres pays européens. Une société ne peut pas vivre sur base d'un sentiment d'impunité, que ce soit pour la petite ou la grande criminalité. La sécurité ne doit pas être le seul thème d'une campagne électorale, mais on ferait une erreur en n'y étant pas attentif. Les partis démocratiques doivent apporter des réponses à ce souci légitime des gens. Bart Somers, bourgmestre VLD de Malines, assume par exemple ses responsabilités à ce sujet. Et cela porte ses fruits.´ Culture de débat. `Dans un contexte de globalisation, les gens ont le sentiment que les politiques sont impuissants et uniformes. Or, il existe encore des différences de projet politique entre les partis. C'est pour cela que notre majorité met en avant la culture de débat. Il est sain que les gens voient que des tensions existent entre libéraux, socialistes et écologistes. Sans cela, ils auraient le sentiment que le débat n'est possible qu'aux extrêmes. Avec les conséquences électorales que l'on imagine. Par ailleurs, l'éclatement des voix en France témoigne de la nécessité d'une recomposition du paysage électoral en Flandre. Nous devons aussi avoir des partis se remettant sans cesse en question.´

Cordon sanitaire. `Je reste un fervent partisan du cordon sanitaire. Contrairement à d'autres partis populistes en Europe, le Vlaams Blok est un parti raciste, qui ne considère pas les êtres comme égaux, avec lequel on ne peut faire aucun compromis. Mais cela ne doit pas nous empêcher de mener un débat avec le Vlaams Blok. Les positions racistes et exclusives de l'extrême droite en matière de sécurité ne doivent pas nous empêcher de développer notre propre programme.´ Responsabilité citoyenne. `En France, tous ceux qui ont été à la pêche ce dimanche font peut-être partie de ceux qui disent: `J'ai honte d'être Français.´ Les politiques doivent prendre leurs responsabilités pour éviter un éclatement du paysage. Mais au-delà de cela, les citoyens ont un rôle majeur. Je présume qu'en France, les gens se rendront plus que jamais compte de la nécessité de se déplacer. Ce peut être un électrochoc salutaire.´

Anvers. `Il y viendra un moment où l'on comprendra à Anvers qu'il faut prendre ses responsabilités. Je constate que jusqu'ici, certains se sont toujours livrés à des petits jeux politiciens. Anvers a reçu 20 pc de moyens supplémentaires des autorités flamandes ces trois dernières années. Ce n'est pas rien. Or, je n'entends que des lamentations, des jalousies... L'introduction de l'élection directe du bourgmestre pourrait être un cadeau du ciel pour les Anversois. Cela responsabilisera plus que jamais la classe politique dans la perspective de 2006. Les citoyens aussi, d'ailleurs, en cas de deuxième tour avec Filip Dewinter. C'est la démocratie. Cela dit, si les Anversois veulent absolument Dewinter comme bourgmestre, je pense que je n'y irai plus volontiers. Il faut savoir ce que l'on fait.´

Francophones. `Cela fait longtemps que l'on considère en Wallonie que l'extrême droite est un phénomène typiquement flamand. Ce qui se passe en France et ailleurs témoigne du contraire. Personne n'est immunisé. La traduction de mon livre permettra d'ouvrir le dialogue. J'espère qu'à l'avenir, les francophones cesseront de combattre le Blok pour des raisons de popularité interne, au risque de doper le phénomène.´

© La Libre Belgique 2002

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