Pour Di Rupo, `ce livre est un acte courageux´

Un ministre-Président qui ose aller à contre-courant du climat général et dénoncer le Vlaams Blok mérite le soutien des démocrates, souligne le président du PS. Le cataclysme français? `J'espère que ce cauchemar sera vite oublié´

PAR ANNICK HOVINE

ENTRETIEN

Que vous a inspiré la lecture du livre de Patrick Dewael?

Deux sentiments. Un: j'ai trouvé que l'analyse était fort juste et que c'était fort courageux de la part d'un responsable politique flamand d'oser appeler un chat un chat et de bien montrer ce que sont l'extrême droite et les dangers contenus dans les programmes de ces formations. Notamment dans tous leurs aspects humains et institutionnels.

Deux: ce livre est un travail pédagogique d'un grand intérêt. Je ne partage pas toutes les solutions que préconise Patrick Dewael: on voit bien qu'il a parfois des raccourcis libéraux, on sent bien qu'il a des contingences locales. Mais l'important, et c'est la raison pour laquelle je soutiens ce livre, est moins dans les solutions qu'il entrevoit que dans l'analyse et le travail pédagogique qu'il ose réaliser avec une documentation précise. C'est un acte courageux, je le répète. On dit souvent qu'en Flandre, les politiques ne font que suivre le Vlaams Blok. Un ministre-président qui ose aller à contre-courant de ce climat général et dénoncer le Vlaams Blok mérite un soutien de la part des démocrates. Je suis d'ailleurs heureux qu'il m'ait demandé de contribuer à la présentation de son livre du côté francophone. Je le fais vraiment avec beaucoup de plaisir: en tant que démocrates, nous sommes unis dans ce type de combat.

M. Dewael estime qu'il faut débattre avec le Blok. Vous pas...

Nous divergeons sur ce point, c'est exact. J'estime personnellement qu'aucun démocrate ne peut sortir vainqueur d'un débat télévisé avec l'extrême droite. Je suis d'accord qu'il y ait débat, mais de longue durée, au Parlement, dans un forum, où les démocrates peuvent prendre le temps de démonter les allégations très raccourcies des extrémistes. Quand l'extrême droite dit: `Mettons les étrangers dehors, il y aurait du travail pour les Belges´, ça prend quelques secondes. Mais pour répondre à cette phrase choc et expliquer l'absurdité d'une telle thèse - que ce serait l'effondrement de l'économie flamande; que la Flandre n'a d'existence essentielle que par son commerce extérieur; que le repli de la Flandre sur elle-même signifierait la misère à très court terme, etc.- il faut plusieurs minutes... C'est la raison pour laquelle ces débats télévisés sont presque impossibles. Par rapport aux slogans simplistes, les démocrates ont besoin de temps pour démontrer leurs justes thèses. Les armes ne sont pas égales.

Patrick Dewael écrit: `Je n'aime pas donner l'impression que la démocratie manque d'arguments pour se défendre.´

Je comprends cela. Je dis simplement que je ne renonce pas au débat, mais qu'il ne doit pas avoir lieu à la télé. Je ne sais pas ce que va faire monsieur Chirac...

Si vous étiez socialiste français...

Dans quinze jours, je voterais Chirac et je ferais tout pour rassembler les forces progressistes et faire triompher la gauche plurielle aux élections législatives. Ça reste de l'ordre du possible! Je suis convaincu qu'hier, à 20 heures, entre 75 et 80 pc des Français se sont rendu compte du drame qui a consisté à ne pas aller voter, à se disperser... Je suis convaincu qu'ils ne voulaient pas ce qui s'est passé hier soir: ils voulaient donner une leçon, tirer la sonnette d'alarme mais n'imaginaient pas qu'ils allaient mettre le feu. Maintenant, les choses sont faites, il faut se ressaisir et faire face. Quand j'ai vu ces dizaines de milliers de jeunes sortir dans la rue, il y a un grand espoir. Il faudra subir ce monstre de Le Pen pendant 15 jours. Mais j'espère que ce cauchemar sera vite oublié.

© La Libre Belgique 2002

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