Quelle gauche demain?

Quelle gauche demain?
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PAR BERNARD DELATTRE

ÉCLAIRAGE

CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

Le séisme historique survenu dimanche a notamment pour conséquence de redéfinir complètement les enjeux politiques qui occuperont l'agenda pour les années à venir. Avant le premier tour, la thématique de la recomposition de la droite démocratique autour d'une éventuelle constellation néo-gaulliste dominante, au détriment des nébuleuses centriste et libérale, occupait beaucoup les esprits. Tout comme la modification des rapports de force internes à la gauche: entre socialistes, communistes, chevènementistes, etc. Ces deux enjeux sont complètement éclipsés par la présence de l'extrême droite au second tour et l'éviction de la gauche de celui-ci. Ils paraissent même anecdotiques.

Traumatisé par son échec et par l'annonce de la retraite politique de Lionel Jospin, son leader incontesté depuis le milieu des années 90, le PS est véritablement à la croisée des chemins. D'une part, une nouvelle génération va devoir prendre les commandes du mouvement. Les protagonistes putatifs de ce renouvellement (Strauss-Kahn, Fabius, Aubry, Hollande, etc.) sont connus depuis longtemps: les intéressés se préparaient d'ailleurs à cette tâche pour l'horizon 2007. Mais les échéances sont désormais précipitées et dramatisées, ce qui peut créer des tensions. La relève se fera-t-elle dans l'harmonie et le consensus? Au contraire, donnera-t-elle lieu à un de ces impitoyables combats des chefs qui ont rythmé l'histoire du PS et déstabilisé souvent durablement ce parti? C'est une des grosses questions qui occuperont ces prochains mois.

D'autre part, le PS va devoir se repencher - douloureusement - sur la question de sa ligne politique. La déroute du 21 avril consacre, à certains égards, la sanction populaire d'une certaine stratégie participationniste et du positionnement `centriste´ qui fut celui de Jospin. Le PS va-t-il jouer le tout pour le tout, persister dans cette ligne et faire le deuil définitif de sa radicalité? Au contraire, tentera-t-il de rebondir électoralement en retournant à ses fondamentaux de gauche? C'est également une question centrale.

UNE DROITE PLUS À DROITE?

Elle est d'autant moins anodine que des voies nouvelles de recomposition se dessinent, en marge du PS. La déroute historique du Parti communiste va tout autant contraindre ce parti à faire son examen de conscience. La question de sa survie étant désormais ouvertement posée, le PC sera peut-être demandeur d'une nouvelle forme d'alliance avec un PS, une alliance nettement plus à gauche que la défunte gauche `plurielle´. Les Verts et les chevènementistes pourraient-ils en faire partie? Dès dimanche soir, de discrets appels du pied ont déjà été lancés, en faveur d'une recomposition radicale et `citoyenne´ de la gauche, qui aurait notamment pour intérêt (électoral) de moins laisser de champ à l'extrême gauche trotskiste.

À droite tout autant, si le débat sur les modifications des structures sera quelque peu éclipsé, la question du positionnement est posée. En effet, la victoire de Chirac au premier tour cache mal l'échec subi par la droite à ces présidentielles: toutes tendances confondues, le total des suffrages engrangés dimanche par cette famille politique est inférieur de dix points à celui de 1995. La droite tentera d'elle d'enrayer la poussée frontiste en jouant la balle au centre ou, au contraire - comme elle le fit dans les années 80 - en se `droitisant´ et en chassant sur ses terres? Dimanche soir, Jacques Chirac, sonné comme tout le monde, n'a pas clairement explicité sa stratégie. Mais dès lundi, ses propos seront disséqués avec attention.

© La Libre Belgique 2002

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