Le `cacerolazo´ redescend dans la rue

La démission du ministre de l'Economie Jorge Remes Lenicov, a plongé l'Argentine dans une énième crise. Son départ signifie que l'Argentine va devoir se trouver un sixième ministre de l'Economie depuis décembre dernier. La colère gronde à nouveau.

R. C.

La démission, mardi soir, du ministre de l'Economie Jorge Remes Lenicov, a plongé l'Argentine dans une énième crise. Son départ signifie que l'Argentine va devoir se trouver un sixième ministre de l'Economie depuis décembre dernier. Jorge Remes Lenicov a jeté l'éponge à la suite de l'opposition croissante qu'il rencontrait pour appliquer son plan visant à sortir le pays de quatre ans de récession. Mercredi, le président argentin, Eduardo Duhalde, a entamé des consultations avec les principales forces politiques pour constituer un gouvernement capable d'instaurer une nouvelle politique vis-à-vis du FMI et de mettre en place une nouvelle `convertibilité´ fixe du peso avec le dollar. Depuis l'annonce de la démission du ministre de l'Economie, toutes les rumeurs ont couru sur l'avenir de l'Argentine et de son gouvernement, comme une rupture avec le Fonds monétaire international (FMI) ou la démission du président Duhalde qui entraînerait une élection présidentielle anticipée.

Mercredi, le secrétaire général de la présidence Anibal Fernandez a remis les choses en place en indiquant que le chef de l'Etat constituerait dans la journée `un cabinet fédéral´, c'est-à-dire avec des personnalités venant de plusieurs provinces. Quant à une rupture avec le FMI, M. Fernandez a estimé que `ce serait une folie de sortir l'Argentine du contexte international´. Le secrétaire général de la présidence a ajouté que les négociations avec le Fonds continueront mais que `le plan durable´ pour sortir de 46 mois de récession ne sera pas défini à Washington mais à Buenos Aires. De même, le porte-parole de M. Duhalde a confirmé qu'il y aura un `ancrage´ du peso au dollar dont il reste à déterminer l'importance. Ce change fixe permettrait au gouvernement d'augmenter les taxes à l'exportation mais provoquerait du même coup un nouveau mouvement de colère des exportateurs, notamment de tout le secteur agroalimentaire qui a vu récemment augmenter ces mêmes taxes de 10 à 20 pc. Pour rappel, l'Argentine a vécu du 1er avril 1991 au 6 janvier 2002 sous le régime de la `convertibilité´ qui avait fixé la parité entre le dollar et le peso. Un dollar à 3,50 pesos signifierait pour les Argentins une dévaluation de 71,429 pc de leur monnaie en un peu plus de 3 mois.

Par ailleurs, s'il n'est plus question de contraindre les épargnants à un échange de leurs avoirs contre un titre d'Etat - un projet qui voulait sauver le secteur bancaire mais qui a entraîné la chute de M. Remes -, le gouvernement a l'intention de faire voter une loi qui risque une nouvelle fois de faire grincer les dents des épargnants. Il s'agit, selon une source gouvernementale, de restituer aux épargnants leurs dépôts seulement à l'issue d'une procédure d'appel en justice qui deviendrait obligatoire.

QUEL CANDIDAT?

Reste à M. Duhalde à trouver la personnalité capable de faire passer ces mesures impopulaires. La candidature du secrétaire d'Etat à l'Energie Alieto Guadagni a été rejetée par les péronistes, principale force de soutien à M. Duhalde. Javier Gonzalez Fraga, ancien président de la Banque centrale sous le gouvernement de Carlos Menem aurait l'aval du Parlement mais l'intéressé est plus que réticent à accepter le poste.

Pendant que M. Duhalde continuait de négocier, la fermeture des opérations bancaires et des changes se poursuivait. Seuls étaient autorisés les paiements des retraites, entraînant la formation de longues files de retraités aux guichets. D'autre part, il était toujours difficile de se procurer de l'argent liquide dans les distributeurs automatiques. Mardi, la population a entonné un nouveau `cacerolazo´ - ce traditionnel concert de casseroles -, symbole de leur mécontentement.

(avec AFP)

© La Libre Belgique 2002