Dimanche, le dénouement d’une campagne qui a changé la France

L'issue du scrutin ne semble guère faire de doute. L'ampleur du score du leader du FN sera toutefois riche en enseignements. S'il stagne à 20 pc, sa prestation pourra être considérée comme un échec. Mais s'il approche les 30 pc, il aura créé une véritable dynamique politique nouvelle.

BERNARD DELATTRE
Dimanche, le dénouement d’une campagne qui a changé la France
©EPA

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Si l'on en croit un ultime sondage publié vendredi, Chirac (78 pc) remporterait haut la main le second tour des présidentielles face à Le Pen (22 pc). Ces intentions de vote sont conformes à celles pronostiquées depuis le soir du 21 avril. Même si, à Marseille jeudi, le leader du FN a évoqué des sondages réalisés à l'étranger selon lesquels il approcherait les 40 pc, l'issue du scrutin ne semble plus guère faire de doutes.

Il n'empêche, deux lourdes inconnues, intimement liées, pèsent sur le scrutin.

D'une part, le patron du FN parviendra-t-il à rassembler au-delà de sa famille traditionnelle de l'extrême droite et donc à franchir la barre des 20 pc qu'il avait atteinte avec Mégret au premier tour? Tout dépend de l'impact de l'immense mobilisation anti-FN de ces quinze derniers jours sur les électeurs et sympathisants lepénistes. Soit elle les sensibilise ou culpabilise, et nombre d'entre eux regagnent le camp démocratique. Soit cette mobilisation excite les lepénistes, les conforte dans leurs choix, voire pousse d'autres électeurs à voter pour un candidat jugé victimisé. Certains analystes redoutent aussi que le profil du candidat anti-establishment renforcé par Le Pen entre les deux tours séduise d'autres franges de l'électorat protestataire, à l'extrême gauche notamment.

D'autre part, de quelle ampleur sera l'abstention? A priori, vu le traumatisme créé par le premier tour dans l'opinion, elle devrait être moindre que le 21 avril. Mais les sondages ne l'annoncent pas clairement. On ne sait pas non quelle sera la proportion des électeurs de gauche rétifs à l'idée de voter Chirac qui s'abstiendront. Enfin, un sondage publié il y a quelques jours a fait frémir. À l'en croire, 43 pc des électeurs proches de l'extrême droite se sont abstenus le 21 avril. S'il se confirme, Le Pen disposerait encore d'un réservoir de deux millions de suffrages.

Deux choses sont sûres, en tout cas. Un: si le leader du FN stagne à 20 pc voire régresse sous ce score, sa prestation pourra être considérée comme un échec. Mais s'il approche, voire dépasse les 30 pc, cela signifiera qu'il a réussi à rassembler au-delà de l'étiage électoral traditionnel de l'extrême droite et donc qu'il est parvenu à créer une véritable dynamique politique nouvelle, potentiellement dévastatrice.

Deux: ce second tour ressemblera moins à une élection présidentielle qu'à un référendum contre l'extrême droite, Chirac ayant revêtu les atours du candidat républicain fédérant les camps. Dès lors, ce n'est évidemment pas à l'aune de ses résultats que l'on mesurera l'évolution du clivage gauche-droite ayant toujours régi la vie politique française. Cette mesure, aujourd'hui éclipsée par la dramatisation des enjeux, constituera demain l'enjeu majeur des élections législatives.

© La Libre Belgique 2002