Ambiance, joie et soulagement

PAR RACHEL CRIVELLARO
Ambiance, joie et soulagement
©EPA

AMBIANCE

ENVOYÉE SPÉCIALE À PARIS

Paris maussade, mais Paris qui retient son souffle. En ce 5 mai, jour du second tour des présidentielles, les Parisiens semblent vaquer à leurs occupations dominicales. Le périphérique est toujours aussi encombré; seules les rues du centre paraissent quelque peu désolées. Sur les boulevards Voltaire et Beaumarchais, il ne subsiste aucune trace des 500.000 manifestants contre l'extrême droite qui ont défilé le 1er mai dernier, si ce ne sont quelques affichettes conjurant les citoyens à aller voter. Prière entendue. Paris a voté massivement.

C'est donc sous un petit crachin à la belge que la place de la République s'est préparée à accueillir le résultat définitif des élections ainsi que la liesse populaire. Dans la fumée des stands de merguez, deux écrans géants attendent de retransmettre à l'heure fatidique le nom de l'heureux élu. Au fil des heures, badauds, touristes et supporters commencent à affluer pour un rendez-vous d'une jeunesse très black-blanc-beur. Alors que les radios déversent les premières estimations, d'autres ont préféré se masser sous les fenêtres du `Tapis rouge´, le Q.G. de campagne de Jacques Chirac. Quelques minutes avant 20h, la foule se presse place de la République. Mais seuls les groupes de jeunes font le spectacle, au grand soulagement d'une meute de journalistes qui sillonne désespérément une foule plutôt grave et réservée. `Je suis là un peu par hasard´, admet Farid, un enseignant. `J'étais dans le coin et je me suis dit que c'était une bonne façon de me rassurer sur la réalité de la défaite de Le Pen. Après, j'irai manger au restaurant´.

Annie, gérante d'une boutique de chocolat, ira aussi manger au restaurant mais pas vraiment dans l'euphorie. `L'important pour moi, c'est que Le Pen soit battu à plates coutures. Après, je n'attends qu'une seule chose: les législatives où je voterai à gauche comme d'habitude. C'était très dur de voter pour Chirac, mais je l'ai fait en pensant à mon petit-fils pour qu'il puisse grandir dans une démocratie´.

Laurent, un informaticien, n'est pas sur la même longueur d'onde. Lui, il est chiraquien depuis 1986. `Je suis content des résultats qu'on annonce, mais j'espérais quand même un vote plus massif, le taux d'abstention est resté encore trop élevé. Mais bon, Chirac va gagner et j'irai faire la fête´. A 20 h tapantes, la musique se tait et les écrans géants prennent le relais en retransmettant TF 1. 20h02 et le visage du nouveau président de la République française inonde les écrans. C'est un immense cri de joie qui s'élève dans le ciel alors que les `On a gagné´ et les ` On a niqué Le Pen´ sont repris en choeur par la foule. Soulagement général. A peine, Jean-Marie Le Pen apparaît-il sur les écrans qu'un concert de huées et de sifflets s'échappe. Au `Tapis rouge´, la rue du Faubourg Saint-Martin est noire de monde et les supporters de Jacques Chirac laissent éclater leur joie. Loin derrière, on note toutefois des échauffourées entre chiraquiens et militants de gauche qui appellent le `néoprésident´ à démissionner au cri de `Chirac escroc´. Vers 10h00, le couple présidentiel arrive place de la République, sous une pluie battante. Une foule nombreuse les acclame, avant de rejoindre rapidement les bistrots des alentours.

Place de la Bastille, 2.000 à 4.000 manifestants battent le pavé à l'appel d'organisations de gauche, bien décidés à ne concéder aucun répit au nouveau président. `Chirac n'oublie pas pourquoi tu es là´, affiche un calicot géant. Dans une ambiance de kermesse à ciel ouvert, de nombreux jeunes brandissent des bulletins de vote Le Pen en disant: `Voyez je n'ai pas voté Chirac, j'ai voté contre Le Pen´. Malgré un cordon de CRS, certains manifestants marchent sur Saint-Germain-des-Prè, bien décidés à rappeler au locataire de l'Elysée qu'il existe aussi une fronde anti-Chirac.

© La Libre Belgique 2002