Qui sera premier ministre ?

BERNARD DELATTRE
Qui sera premier ministre ?
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CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Qui à Matignon et dans le gouvernement lundi? Rapide passage en revue des hypothèses les plus citées.

1. Les deux grands favoris. Deux ex-ministres se partagent les faveurs des bookmakers.

Nicolas Sarkozy, ancien ministre RPR du Budget sous le gouvernement Balladur, député-maire de Neuilly, a pour lui à la fois la notoriété, la popularité et la compétence. L'an dernier, il a achevé une longue traversée du désert consécutive à son choix balladurien de 1995 (qui lui a valu d'être longtemps persona non grata à l'Elysée) et à la déroute du RPR (qu'il conduisait à l'époque avec Philippe Séguin) aux européennes de 1999. Sa nomination à Matignon signifierait que Chirac a opté pour un quinquennat à la fois très à droite et réformateur. L'option Sarkozy comporte des avantages et des inconvénients. Avantage majeur? Elle éviterait d'ouvrir un boulevard à l'extrême droite par une `centrisation´ de la droite. Principal inconvénient? Peu aimé à droite, `Sarko´ est aussi très marqué sociologiquement et politiquement. Il fera donc hurler l'électorat de gauche qui a voté Chirac, `désunanimisera´ la victoire de ce dernier et ressoudera la gauche.

Jean-Pierre Raffarin, sénateur libéral et président de la Région Poitou-Charentes, ancien ministre des PME sous Juppé, a un profil beaucoup plus lisse.

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Sa nomination traduirait une forte présidentialisation du régime, Matignon ne devenant qu'une officine d'exécution et de coordination des décisions prises à l'Elysée. Ce giscardien a l'avantage d'être une personnalité relativement neuve, proche du terrain, plus provincial que parisien, et il hérisserait moins la gauche. Il souffre toutefois d'un très net déficit de notoriété.

2. Les outsiders. Le directeur de campagne et maire du Havre Antoine Rufenacht pourrait faire merveille si le Président décidait de ne former, d'ici aux législatives, qu'une équipe de transition chargée d'expédier les affaires courantes et de diriger la campagne. François Fillon, le Président RPR de la Région Pays-de-Loire, ex-séguiniste, pourrait constituer une alternative plus jeune, plus dynamique et moins artificielle à Raffarin. Philippe Douste-Blazy, le chiracophile député-maire UDF de Toulouse, a vu son nom très souvent cité, mais la nomination de ce rival de François Bayrou à Matignon risque d'entraîner une guerre ouverte avec les centristes. Jean-Louis Borloo, le médiatique, populaire et atypique député-maire UDF de Valenciennes, envisagé par le chef de l'Etat après le 21 avril, serait à présent considéré comme trop léger et incontrôlable pour ce poste. Le commissaire RPR européen Michel Barnier, a aussi, un temps, été envisagé.

3. Les principaux ministres. Seraient d'abord recasés les primo-ministrables potentiels mais finalement recalés: Sarkozy ou Raffarin à Bercy par exemple, Douste au quai d'Orsay, Borloo à la Ville, Fillon à l'Equipement. Le secrétaire général de l'Elysée Dominique de Villepin, éminence grise de Chirac, est pressenti pour un méga-ministère de l'Intérieur, flanqué de l'ex-préfet de choc Philippe Massoni. Le RPR Philippe Séguin est cité à l'Education, l'UDF Nicole Fontaine à l'Europe et Jean-Jacques Aillagon (le patron du Centre Pompidou) à la Culture.

© La Libre Belgique 2002