Un taux de participation de près de 80%

Nettement en hausse par rapport au premier tour du 21 avril, la participation atteignait quelque 80 % en fin de journée, témoignant ainsi d’une implication retrouvée des Français dans la politique.

AFP
Un taux de participation de près de 80%
©Sofres

Le taux de participation au second tour de l'élection présidentielle française était en forte progression dimanche soir, avec 67,6% à 17h00 contre 58,55% au premier tour le 21 avril à la même heure. A 19h, certains n'hésitaient pas à parler d'un taux de participation de 80%, dépassant donc celui du second tour du scrutin présidentiel de 1995, où il s'établissait à 66,80% à la même heure.

CSA a estimé le taux d'abstention final à 18%, tandis qu'Ipsos pronostiquait un taux situé entre 17,5% et 19,5%. L'abstention avait atteint un record historique la semaine dernière avec 28,4% des inscrits. Les bulletins nuls et blancs représentaient par ailleurs 2,4% des inscrits.

Les bureaux de vote, ouverts depuis 08h00 devaient fermer à 18h00 ou 20h00 dans les grandes villes.

AUCUN INCIDENT

Près de 41 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes. Aucun incident de scrutin n'a été signalé au ministère de l'Intérieur, malgré la pénurie d'assesseurs du Front national dans certains bureaux de vote. Ils ont été remplacés par des électeurs choisis au hasard, comme le prévoit la loi. Quelques électeurs isolés se sont présentés devant les urnes avec des pinces à linge sur les nez et des gants, comme l'avaient recommandé certaines associations pour inciter les électeurs de gauche à voter Jacques Chirac tout en manifestant leur répulsion. Ces comportements semblent n'avoir entraîné aucune annulation.

A Lyon, un homme a refusé de retirer un accoutrement de ce style en prétextant qu'il n'avait pas violé le secret du vote et s'était donc conformé au code électoral. Dans le village de Villemagne, dans l'Aude, le maire socialiste a proposé comme il l'avait annoncé une "désinfection" symbolique aux votants de gauche ayant glissé un bulletin Chirac dans l'urne pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen. Cette désinfection symobolique était pratiquée avec des vaporisateurs par des personnes vêtues de cirés blancs et de masques chirurgicaux.

Avant le scrutin, le Conseil constitutionnel avait rappelé que toute attitude qui violerait le secret du vote est illégale et peut entraîner l'annulation du scrutin dans le bureau.

JOSPIN VOTE PAR PROCURATION

Pour la seconde fois sous la Ve République, après le scrutin de 1969, la gauche n'a plus de représentant au second tour. A l'exception des trotskistes Arlette Laguiller et Daniel Gluckstein, tous les candidats et partis de gauche ont appelé à voter pour Jacques Chirac.

Seul le candidat d'extrême droite dissident Bruno Mégret (2,34% au premier tour) a appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen.

Le président sortant Jacques Chirac (19,88% des voix au premier tour) et son rival, le candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen (16,85%), ont voté tous deux en fin de matinée comme toutes les principales personnalités politiques, à l'exception de Lionel Jospin, candidat socialiste éliminé au premier tour, qui a voté par procuration à Cintegabelle (Haute-Garonne). C'est Josette Brunet, épouse du maire du village, qui a voté pour lui. Après le premier tour, le candidat PS avait annoncé son retrait de la vie politique et avait appelé, non sans hésitation, à faire barrage à l'extrême droite sans citer le nom de Jacques Chirac.

Les partisans de Jean-Marie Le Pen doivent se réunir dans la soirée à Saint-Cloud, siège du parti. Jacques Chirac devait, de son côté, réunir ses partisans à son QG de campagne, le Tapis rouge, dans le Xe arrondissement de Paris, puis sur la place de la République.


Cinq semaines avant les législatives Avant la clôture du scrutin et l’annonce du vainqueur à 20h00, l’inconnue demeurait le score de M. Le Pen, alors que, déjà, la classe politique se prépare à une nouvelle échéance: les législatives des 9 et 16 juin. M. Le Pen pourrait de nouveau venir troubler le jeu et son parti, le Front National revenir à l’Assemblée nationale. La gauche, qui ne songe qu’à la revanche, souhaite tirer les bénéfices de sa mobilisation entre les deux tours et de sa participation au triomphe de M. Chirac. Une victoire de la gauche aux législatives signifierait toutefois une nouvelle période de cohabitation alors que ce système, pratiqué pendant cinq ans par MM. Chirac et Jospin, a clairement montré ses limites. Selon divers analystes, il est même responsable d’un certain immobilisme dont M. Le Pen a sans doute profité. Certains hommes politiques ont préconisé une réforme des institutions pour en finir avec la cohabitation, et le socialiste Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’Economie, a même envisagé l’instauration d’une nouvelle république. M. Chirac a indiqué qu’il s’attellerait en priorité aux problèmes de la sécurité, de la croissance et de l’emploi. Dans l’immédiat, il devra désigner dès lundi un nouveau Premier ministre et pourrait, selon des rumeurs persistantes, choisir entre le sénateur libéral Jean-Pierre Raffarin et le député gaulliste Nicolas Sarkozy. Le nouveau gouvernement aura cinq semaines pour préparer les législatives qui décideront du sort de ce cabinet, en fonction de la majorité parlementaire.