Séisme politique au Pays-Bas

Le chef de la droite populiste néerlandaise Pim Fortuyn est mort après avoir été touché de cinq ou six balles tirées par un inconnu à Hilversum (centre des Pays-Bas), à l’entrée des studios de la radio publique néerlandaise NOS. Cette information a été confirmée officiellement par le premier ministre hollandais Wim Kok. De son côté, le Premier ministre belge , M. Guy Verhofstadt s'est dit lundi soir "extrêmement choqué" par l'attentat. "Je suis choqué par ce qui s'est passé. Personnellement, je croyais que c'était impossible dans un pays de l'Union européenne au 21ème siècle", a-t-il affirmé. La police a confirmé lundi soir que le coupable de l'attentat qu a visé Pim Fortuyn avait été arrêté.

Séisme politique au Pays-Bas
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Le chef de la droite populiste néerlandaise, Pim Fortuyn, a été tué par balles lundi à dix jours des élections législatives où tous les sondages pronostiquaient une percée de son parti. Son meurtrier a tiré à plusieurs reprises contre lui au moment où il sortait des studios de la radio publique néerlandaise à Hilversum, dans le centre du pays. Pim Fortuyn a été touché par cinq ou six balles dans la tête, au cou et à la poitrine. Il s’est écroulé, les jambes repliées sous lui.

EPA Le Premier ministre néerlandais Wim Kok a annoncé lundi soir à la presse que Pim Fortuyn avait succombé à ses blessures.

«Ceci n’est pas une attaque contre Pim Fortuyn, mais une attaque contre la démocratie», a déclaré le chef du gouvernement visiblement choqué. «Les différences politiques ne se résolvent pas avec des balles, mais avec des mots», a dit le Premier ministre.

L’ensemble des partis politiques ont décidé d’interrompre leur campagne pour ces élections prévues pour le 15 mai.

Dans la soirée, la police a annoncé qu’elle avait arrêté l’auteur présumé du meurtre, un Néerlandais de race blanche, qui a refusé de parler aux policiers. Non loin du siège du Parlement, dans le centre de La Haye, plusieurs centaines de sympathisants du leader assassiné se sont affrontés à la police, brisant des vitrines, renversant des chaises et des parasols sur les terrasses des cafés. Les forces de sécurité, assistées par des chiens anti-émeutes, ont chargé à plusieurs reprises.

A 20h00 (18h00 GMT), des images du journal de la télévision publique NOS montraient Pim Fortuyn gisant sur un parking, à moitié caché par des voitures.

A 54 ans, Pim Fortuyn était un nouveau venu dans la politique néerlandaise. Il avait créé la surprise en mars dernier en remportant 17 des 45 sièges au conseil municipal de la cité portuaire de Rotterdam, deuxième ville des Pays-Bas.

Les derniers sondages créditaient son parti, la «liste Pim Fortuyn», de plus de 25 sièges à la chambre basse (sur 150) aux prochaines élections, ce qui en aurait fait le troisième parti du pays après les travaillistes et les démocrates-chrétiens.

Son score était attendu comme un nouveau test de la progression de l’extrême droite en Europe.

Excentrique, extraverti, exalté, Pim Fortuyn soulevait les passions depuis sa percée aux municipales en mars.

Son ascension politique fulgurante a été bâtie autour d’une formule-choc qui résumait son opposition virulente à toute nouvelle immigration: «Les Pays-Bas sont pleins». Ses attaques contre l’islam qualifiée de «religion arriérée» avaient défrayé la chronique.

M. Fortuyn dénonçait le laxisme du gouvernement travailliste de Wim Kok dans la lutte contre l’insécurité et la criminalité.

Malgré certaines analogies avec le programme du dirigeant français d’extrême droite Jean-Marie Le Pen, M. Fortuyn rejetait avec irritation tout rapprochement avec lui ainsi qu’avec le chef de l’extrême droite autrichienne Joerg Haider.

A la différence de la France, les partis politiques néerlandais n’ont mis en place aucun «cordon sanitaire» autour de M. Fortuyn et de son parti, baptisé «la liste Pim Fortuyn».

Les Pays-Bas sont traditionnellement gouvernés par des coalitions. A l’exception des travaillistes, qui avaient exclu toute alliance avec M. Fortuyn, les autres grands partis, notamment les libéraux et les chrétiens-démocrates, avaient laissé la porte ouverte à un éventuel partage du pouvoir.

«Les Pays-Bas ont perdu leur innocence», a déclaré le président du parti travailliste (PvdA - au pouvoir) Ad Melkert.

AFP A Bruxelles, le Haut représentant de l’Union européenne pour la politique extérieure Javier Solana a condamné l’assassinat de M. Fortuyn. A Vienne, l’extrême droite autrichienne s’est dite choquée. Le président du parti d’extrême droite flamand Vlaams Blok, Frank Vanhecke, s’est dit «choqué, mais pas surpris» compte tenu du climat de haine entretenu, selon lui, contre l’extrême droite en Europe.

En France, Bruno Mégret, le président du Mouvement national républicain (MNR), le deuxième parti d’extrême droite du pays, s’est déclaré «profondément choqué» par «le tragique attentat» contre Pim Fortuyn. De son côté, le Front National a fait savoir qu’il n’entretenait «aucun rapport» avec le parti de Pim Fortuyn.

L’assassinat a aussi été condamné par le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel. (AFP)


La police néerlandaise a annoncé lundi soir qu’elle avait arrêté l’auteur présumé de l’assassinat de Pim Fortuyn. «L’auteur présumé» de l’assassinat de Pim Fortuyn a été arrêté et est interrogé, a déclaré un porte-parole de la police d’Hilversum, en se refusant de préciser l’identité du suspect. «Ses motifs ne sont pas encore connus. L’enquête est en cours», a ajouté le porte-parole dans une brève déclaration à la presse.

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