Des Birmans contre Total

Le pétrolier français TotalFinaElf a démenti jeudi avoir apporté un soutien logistique ou sous forme de rémunérations aux forces armées de Birmanie, en réponse à une plainte déposée à Bruxelles contre le groupe, son PDG Thierry Desmarest et le directeur de Total Myanmar Exploration Production, Hervé Madéo, pour crime contre l'humanité.

Le pétrolier français TotalFinaElf a démenti jeudi avoir apporté un soutien logistique ou sous forme de rémunérations aux forces armées de Birmanie, en réponse à une plainte déposée à Bruxelles contre le groupe, son PDG Thierry Desmarest et le directeur de Total Myanmar Exploration Production, Hervé Madéo, pour crime contre l'humanité. N'ayant pas été informée officiellement de cette plainte, TotalFinaElf, par la voix de son porte-parole, a déclaré ne pas être en mesure d' `en commenter le contenu´.

La plainte a été déposée le 25 avril par quatre Birmans, qui se sont basés sur la loi belge dite de compétence universelle permettant d'engager des poursuites pour des crimes de guerre, de génocide ou des crimes contre l'humanité commis hors du territoire.

Au coeur de la bataille judiciaire qui sera peut-être engagée en Belgique, les accords conclus par le groupe pétrolier pour l'exploitation du gisement de Yadana et pour la fourniture, moyennant la construction d'un gazoduc, de quelque 80 pc du gaz de Yadana à une nouvelle centrale électrique de 2 800 mégawatts à bâtir à Ratchaburi, à l'ouest de Bangkok, en Thaïlande.

Dans un communiqué diffusé jeudi, le groupe pétrolier insiste sur le fait qu'il `n'emploie que des travailleurs volontaires et dûment rémunérés´ et qu'il `veille à travailler dans le plus parfait respect des lois et réglementations françaises, locales, européennes ou internationales´.

Les plaignants, en revanche, dénoncent `le soutien moral, financier, logistique et militaire apporté par la société aux nombreux bataillons militaires chargés d'assurer la sécurité du gazoduc; (...) bataillons auteurs de violations des droits de l'homme répétées et généralisées´. Et de citer des témoignages relatant `des transports de troupes et des livraisons de grenades et munitions militaires via des hélicoptères de la compagnie´. À la fin de l'année 2001, des plaintes pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité avec constitution de partie civile avaient été déposées contre Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, et contre la même société TotalFinaElf, très active dans ce pays. La plainte des quatre Birmans n'est donc pas tout à fait une première. Mais elle innove dans le sens où, contrairement à celle des plaignants congolais, `le rôle de la société y apparaît comme central´, a expliqué à `La Libre´ le professeur de droit international à l'Université libre de Bruxelles, Eric David. Et d'ajouter que `rien ne s'oppose à l'application de la loi de 1993 à une personne morale ou à un chef d'entreprise´.

© La Libre Belgique 2002

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