La crise se mue en épreuve de force

Mercredi, une journée de protestation avait été organisée dans tout le pays contre la politique économique du président Eduardo Duhalde, pour réclamer des emplois, une assistance alimentaire et médicale. Elle a mal tourné. Deux jeunes Argentins âgés de 20 et 25 ans ont été tués à Buenos Aires après avoir été blessés par balles au cours de heurts

O.M.
La crise se mue en épreuve de force
©EPA

Depuis les événements du mois de décembre 2001 et des émeutes ayant fait 27 morts, l'Argentine vivait de façon relativement `paisible´ la crise économique la plus grave de son existence. La protestation des `piquetoros´, regroupant chômeurs et pauvres, était certes omniprésente dans un pays où la moitié de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté. Ces six derniers mois, les violences avaient pourtant été évitées en dépit d'une détérioration manifeste de la situation.

Mercredi, une journée de protestation avait été organisée dans tout le pays contre la politique économique du président Eduardo Duhalde, pour réclamer des emplois, une assistance alimentaire et médicale. Elle a mal tourné. Deux jeunes Argentins âgés de 20 et 25 ans ont été tués à Buenos Aires après avoir été blessés par balles au cours de heurts survenus dans le secteur du pont Pueyrredon, qui relie la capitale à la vaste localité populaire de Avellaneda. Nonante personnes ont été blessées. Ce sont apparemment des barrages routiers qui ont mis le feu aux poudres. Les quelque 2000 policiers mobilisés dans la capitale avaient averti qu'ils ne toléreraient pas de telles entraves à la circulation.

Dans un pays s'apparentant à une poudrière, ces incidents risquent bien d'en annoncer d'autres. L'un des principaux syndicats argentins a en effet appelé à une grève générale pour dénoncer les violences policières. Les manifestants, il est vrai, ne comprenaient pas pourquoi le pouvoir semble avoir soudain choisi l'épreuve de force.

Le chaos des banques

Le contexte actuel est des plus délicats. Le gouvernement argentin espère boucler des négociations décisives avec le Fonds monétaire international (FMI) d'ici la mi-juillet. Les caisses de l'Etat sont pratiquement vides et rien ne s'arrange. Depuis la dévaluation intervenue en janvier, le peso a perdu près de 75 pc de sa valeur. La dette du pays atteint désormais les 150 milliards d'euros. La cessation de paiement est proche.

Or, le FMI se montre perplexe au sujet des efforts accomplis en Argentine tandis que, en même temps, il décernait un bon bulletin à un autre élève en difficultés d'Amérique latine, le Brésil. Dans un entretien accordé au quotidien économique allemand `Handelsblatt´, Horst Koehler, directeur général du FMI, s'est dit `surpris et déçu´. `J'ai appris, par la mission du FMI qui revient juste de Buenos Aires, que les Argentins ne montrent aucun empressement à négocier intensivement avec nous une restructuration du paysage bancaire´, explique-t-il. Et de préciser: `Etant donné la dimension des problèmes, il manque une volonté de réforme.´ Or, sans accord avec le FMI, pas de rééchelonnement de la dette.

Le système bancaire se trouve, en effet, au coeur du chaos argentin actuel. Une forte concentration pourrait s'imposer, avec son cortège de pertes d'emploi. En attendant, les épargnes des citoyens argentins sont toujours bloquées, suite aux restrictions instaurées à la fin de l'année dernière pour mettre fin à une fuite des capitaux estimée par les autorités à quelque 22 milliards d'euros. Depuis, les concerts de casseroles n'ont pas cessé.

L'Argentine est exsangue et la colère gronde. Six mois après son arrivée au pouvoir, le président Duhalde semble avoir épuisé le crédit dont il disposait. Les négociations avec le FMI seront d'autant plus cruciales que la patience populaire a ses limites. Malheureusement, la potion risque d'être amère à avaler.

© La Libre Belgique 2002