`Les fautes du Fonds monétaire international sont primordiales´

Une mission d'experts indépendants du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée lundi en Argentine pour conseiller le gouvernement Duhalde. Composée notamment d'Andrew Crockett, directeur de la Banque des règlements internationaux, et de Hans Tietmeyer, ancien président de la Bundesbank, elle intervient dans un contexte de banqueroute de l'Etat et de critiques dures à l'égard du FMI

OLIVIER MOUTON
`Les fautes du Fonds monétaire international sont primordiales´
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ENTRETIEN

Une mission d'experts indépendants du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée lundi en Argentine pour conseiller le gouvernement Duhalde. Composée notamment d'Andrew Crockett, directeur de la Banque des règlements internationaux, et de Hans Tietmeyer, ancien président de la Bundesbank, elle intervient dans un contexte de banqueroute de l'Etat et de critiques dures à l'égard du FMI.

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde et spécialiste de l'Argentine, se fait le porte-voix de ses critiques. Engagement garanti.

La responsabilité du FMI est-elle grande en Argentine?

Elle est primordiale. À différents moments de l'histoire récente du pays, il est intervenu en imposant des politiques qui ont aggravé la crise de la dette.

Cette crise de la dette remonte...

Dans les pays en voie de développement, elle commence officiellement en 1982, quand le Mexique annonce qu'il aura des problèmes pour rembourser ses créances. Puis, d'autres pays, dont l'Argentine, disent être confrontés au même problème.

En ce qui concerne l'Argentine, le FMI entre plus tôt dans la danse. La dictature se met en place en 1976. Le Fonds décide de l'appuyer activement puisqu'il détache un de ses hauts fonctionnaires pour la conseiller en matière d'endettement. Avec le secrétariat au Trésor américain, le FMI donne à la junte militaire des garanties nécessaires pour emprunter aux grandes banques privées américaines.

Cela pèsera-t-il lourd?

La dette a été multipliée par 5,5 durant cette période, passant de 8 à 45 milliards de dollars. En outre, avant de quitter le pouvoir, la junte a pris des dispositions pour nationaliser de façon tout à fait illégale la dette privée externe et léguer le tout au régime qui lui succède. Domingo Cavallo, alors président de la Banque centrale, en est le principal maître d'oeuvre. Il reviendra plus tard sous la présidence de Carlos Menem pour organiser la parité catastrophique entre le dollar et le peso et lancer un énorme programme de privatisations. Puis, il est encore revenu sous de la Rua en 2001 comme ministre des Finances. C'est en grande partie contre lui que les gens se sont soulevés le 19 décembre dernier.

Le FMI l'a-t-il toujours soutenu?

Il n'y a eu aucune prise de distance du FMI à l'égard de cette politique-là. En 1983, le FMI demande au président Raul Alfonsin d'assumer complètement la dette. Les années suivantes, l'Argentine va rembourser des sommes tournant autour de 10 milliards de dollars par an pour une dette de 45 milliards. C'est un moment clé si l'on veut comprendre la hauteur actuelle de la dette argentine, qui dépasse les 150 milliards de dollars.

Un ajustement structurel est alors imposé par le FMI.

C'est sous la présidence de Carlos Menem qu'on l'applique vraiment de façon offensive, avec la parité fixée avec le dollar qui empêchera toute politique monétaire. Entre 1990 et 2000, le pouvoir argentin privatise tous ses axes stratégiques de développement: ports, aéroports, télécommunications, pétrole... En réalité, il les a bradés... Joseph Stiglitz, ancien chef économique du FMI, estime que l'organisation a fait le contraire de ce qu'il aurait fallu, qu'il a organisé la récession.

Que penser des négociations actuelles avec le FMI?

Le FMI exige du gouvernement fédéral qu'il obtienne un assainissement complet des provinces, qui devront arrêter des programmes sociaux pour rembourser leurs dettes dans un pays déjà au bord du gouffre. Cela risque d'impliquer 200000 licenciements supplémentaires. Or, le FMI a les moyens de mener une autre politique. Selon moi, il porte une telle responsabilité qu'il devrait oser mettre sur la table un plan d'annulation de la dette. Si on prend l'ensemble des dettes extérieures des pays en voie de développement, on arrive à un montant de 1600 milliards de dollars alors que l'ensemble des dettes mondiales représente 60000 milliards de dollars. Mais soyons clairs: la volonté n'y est pas.

© La Libre Belgique 2002