Gaza : le raid de trop

Le raid aérien israélien sur Gaza visant un chef du Hamas, qui a fait 15 morts dont plusieurs enfants, provoquait mardi une vague de protestations internationales alors que les Palestiniens proféraient des menaces de vengeance, prises très au sérieux par Israël.

Gaza : le raid de trop
© EPA

Les responsables israéliens ont argué que l’armée n’était pas au courant de la présence de civils dans la maison bombardée, tout en justifiant la «liquidation » du chef de la branche armée du Hamas, Salah Chéhadé.

L’Autorité palestinienne a tiré pour sa part argument de cette tuerie pour réclamer de nouveau une intervention internationale pour protéger les Palestiniens.

Dans la ville de Gaza, quelques 50.000 Palestiniens ont participé mardi aux obsèques des quinze victimes.

Treize organisations représentant l’ensemble des mouvements nationalistes et islamistes palestiniens avaient décrété la journée de mardi «journée de colère », au lendemain du raid aérien.

«Le président (américain George W. Bush) a dit dans le passé qu’Israël devait être conscient des conséquences de ses actes et le président estime que cette action, menée de main lourde, ne contribue pas à la paix », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche Ari Fleischer.

«C’était une attaque délibérée et elle a été menée tout en sachant qu’elle entraînerait la mort d’innocents », a-t-il ajouté, prenant le contre-pied de la position israélienne.

Au nom de l’Union européenne (UE), le Danemark, qui en assure la présidence tournante, a vigoureusement condamné l’attaque.

Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a, lui, rappelé qu’«Israël a la responsabilité légale et morale de prendre toutes les mesures possibles afin d’éviter la perte de vies innocentes ».

Moscou s’est dit «sérieusement préoccupé » par le raid israélien, appelant les «parties belligérantes » à «la retenue ».

La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, responsable de la plupart des attaques suicide en Israël depuis 1994, a affirmé que «ce massacre ne restera pas impuni » et menacé de «réduire en miettes les corps de sionistes dans chaque restaurant, chaque arrêt de bus, chaque bus ».

L’Autorité palestinienne a appelé de son côté à une intervention de la Cour pénale internationale et du Conseil de sécurité de l’ONU, évoquant un «crime de guerre ».

Le président palestinien Yasser Arafat a néanmoins déploré le «silence de la communauté internationale » et demandé à l’UE d’agir pour «stopper l’agression israélienne ».

L’armée israélienne a relevé mardi son niveau d’alerte autour de Gaza et de la Cisjordanie, de crainte de représailles.

Une bombe d’une tonne lancée par un avion de combat F-16 a démoli cinq maisons dans un quartier populaire de Gaza où vivaient des dizaines de familles, faisant également 176 blessés, selon un bilan fourni par le ministre palestinien de la Santé Riad al-Zaanoun.

Selon un bilan hospitalier, neuf enfants comptent parmi les morts et 15 blessés sont dans un état désespéré. Le ministre a pour sa part fait état de la mort de sept enfants.

Un officier supérieur israélien, qui a requis l’anonymat, a assuré : «Si nous avions eu une information indiquant que des civils innocents se trouvaient dans la maison, nous ne l’aurions pas attaquée et nous aurions reporté cette mission, comme nous l’avons déjà fait précédemment ».

Le Premier ministre israélien Ariel Sharon s’est félicité de la liquidation de Chéhadé, évoquant une «des opérations les plus réussies » de l’armée, selon un communiqué officiel.

A propos du bilan sanglant de ce raid, il a souligné qu’Israël «n’a aucune intention de porter atteinte à des civils et nous sommes toujours désolés pour ceux qui sont touchés ».

Ce raid s’est produit alors que de légers signes de détente étaient apparus en début de semaine. Le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres avait évoqué un retrait de l’armée des secteurs autonomes réoccupés en Cisjordanie, à condition que l’Autorité palestinienne prenne ses responsabilités sur le plan sécuritaire.

D’autre part, trois Palestiniens armés ont été tués dans un accrochage avec l’armée israélienne près du village de Tel, dans le nord de la Cisjordanie.

Deux autres Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, après s’être infiltrés dans le kibboutz (village collectiviste) de Kissoufim, en territoire israélien, en bordure de la bande de Gaza. (AFP)

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