Un encadrement lacunaire des sites Seveso en Belgique

Ph. Law.

A l'heure où on commémore le premier anniversaire de la catastrophe de Toulouse, force est de constater que la Belgique n'est pas efficacement parée contre ce genre d'accidents liés aux sites Seveso. Et pourtant, ce ne sont pas les sites dangereux qui manquent. La Belgique compte environ 310 sites Seveso dont une centaine en Wallonie, 200 en Flandre et une dizaine à Bruxelles. `En 2001, nous avons effectué 207 inspections systématiques dans 147 entreprises belges. Trente-cinq inspections ont eu lieu en Wallonie dans 23 entreprises. S'il est vrai que nous avons constaté des non conformités dans le chef de certaines entreprises, il n'y a pas lieu de s'alarmer´, rassure Eric Van Giels, patron de la direction des risques chimiques.

Mais le bilan des acteurs de terrain est loin d'être idyllique (interview ci-contre). D'ailleurs, une révision en profondeur des plans catastrophe est en cours non seulement pour se conformer à la législation européenne en la matière, mais aussi pour renforcer la fiabilité des dispositifs existants.

`Après avoir rencontré un certain nombre d'acteurs de terrain directement impliqués dans la mise en oeuvre des plans d'urgence en région liégeoise notamment, des manquements plus ou moins importants apparaissent sur le plan opérationnel tant à la lecture de certains documents qu'au niveau de la pratique sur le terrain´, fustige le député régional, Bernard Wesphael (Ecolo), précisant que les dysfonctionnements ne concernent pas uniquement la région liégeoise.

Plans critiqués à Seraing

L'intérêt porté par les différents responsables laisse perplexe et suscite l'inquiétude vu le danger potentiel que constituent les installations Seveso. Les services d'inspection et les acteurs de terrain manquent de moyens humains entraînant une faible fréquence des inspections.

Par ailleurs, le matériel mis à la disposition des opérateurs de première ligne est vétuste quand il ne fait pas purement et simplement défaut. Sans oublier l'absence d'une réelle politique d'information préventive des populations.

Un des exemples édifiants de dysfonctionnement est le cas de la société de produits chimiques, Chimac Agriphar, à Ougrée, sur le territoire de la commune de Seraing. `Le plan d'urgence de l'entreprise fait 30 pages distribuées à une série de personnes. Les postes d'intervention avancés des pompiers appelés à intervenir en avant-plan en cas de catastrophes ignorent dans certains cas le contenu du plan d'urgence´, déplore Bernard Wesphael.

Dans le cas d'Agriphar, la liste des produits présentant un réel danger n'est même pas jointe au dossier, surtout quand on sait qu'environ 8.000 personnes sont potentiellement menacées en cas d'accident. Rien n'indique dans le plan qu'il y a une autre entreprise Seveso (Air Liquide) située dans les environs proches d'Agriphar. Les plans d'intervention de l'entreprise ont même fait l'objet d'un vif débat au sein de l'Intercommunale communale d'incendie de Liège.

Au niveau fédéral notamment au ministère de l'Intérieur, d'intenses réunions ont lieu sur le sujet vu l'explosion des entreprises Seveso née de la transposition de la directive européenne. Elles sont passées de 82 à plus de 300 sites, mais le nombre des inspecteurs fédéraux appelés à travailler avec leurs collègues régionaux n'a pas bougé. Il paraît qu'ils ne sont qu'une dizaine...

© La Libre Belgique 2002

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