Le menace contre l'Europe se précise; la preuve par Trabelsi

Les Etats européens prennent très au sérieux les récentes menaces d’Al Qaïda. Les mesures de sécurité ont été renforcées. Par ailleurs, le terroriste présumé Nizar Trabelsi, en prison à Forest depuis septembre 2001, a avoué à la RTBF, dans une interview exclusive par téléphone, avoir préparé une attaque à la bombe de la base américaine de Kleine Brogel

Le menace contre l'Europe se précise; la preuve par Trabelsi
© EPA
AFP

Les Etats européens prennent très au sérieux les récentes menaces d’Al Qaïda, qui confirment les craintes des autorités de ces pays où les mesures de sécurité ont été renforcées.

La Grande Bretagne, l’Allemagne, la France sont, selon leurs dirigeants, en première ligne face à la menace terroriste qui concerne également l’Italie et le Vatican.

Dans un message diffusé mardi par Al-Jezira et attribué à Oussama Ben Laden, le milliardaire d’origine saoudienne a salué les attentats commis à travers le monde ces derniers mois (Yémen, Bali, Djerba) et proféré de nouvelles menaces contre tous les alliés des Etats-Unis, citant nommément «la Grande Bretagne, la France, l’Italie, le Canada, l’Allemagne et l’Australie ».

Le pape Jean Paul II, dans une allocution sans précédent devant le parlement italien, a invité jeudi les pays alliés des Américains, à ne pas ignorer «la dangerosité des menaces actuelles ».

De son côté, le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer a déclaré jeudi à Berlin que «le cauchemar d’un grand attentat terroriste est devenu pour nous tous une cruelle réalité ».

Il a préconisé que l’Otan acquiert une dimension plus politique pour favoriser «la prévention des crises » afin que l’Alliance atlantique devienne «un important pilier d’un système de coopération mondiale en matière de sécurité, comme le monde n’en a jamais eu autant besoin aujourd’hui ».

C’est le président des services secrets allemands (BND) August Hanning qui a le premier lancé l’alerte, il y a dix jours, sur la crainte de nouveaux attentats de «grande ampleur » en Europe.

Le patron d’Interpol, l’Américain Ronald Noble, a pris le relais ensuite en soulignant que l’Europe aurait tort de ne pas se croire concernée par la menace terroriste. «Aucun pays ne doit se croire à l’abri », a-t-il estimé dans une interview au quotidien français le Figaro le 8 novembre.

Lundi, le secrétaire général de l’Otan, George Robertson, annonçait qu’Al-Qaïda «préparait quelque chose en Europe » et qu’il avait relevé le niveau d’alerte dans ses locaux à Mons, en Belgique.

Le même jour, le Premier ministre britannique Tony Blair alertait ses concitoyens, révélant qu’«il se passe peu de jours sans qu’une information ne nous parvienne des services de sécurité faisant état d’une menace visant des intérêts britanniques ».

Une vigilance accrue dans les ports a été demandée aux Pays-Bas, en Belgique et en Grande-Bretagne.

«La menace (terroriste) est constamment évaluée et, pour l’heure, il y a une vigilance accrue des services de police et surtout des services de renseignement », selon le ministère belge de l’Intérieur.

En France, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a affirmé jeudi que «la menace (terroriste) existe », même s’il n’y avait «pas d’élément précis d’une tentative d’attentat sur notre pays ».

Mais pour le juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière, si les Etats-Unis demeurent la «cible principale », la France est «une cible réelle ». Des réseaux «potentiellement très dangereux » d’Al-Qaïda opèrent en Europe, a déclaré jeudi le magistrat, «au vu des multiples enquêtes que nous menons ».

Pour Eric Denicé, directeur du centre français de recherche sur le renseignement, «le risque d’attentat n’est pas plus élevé qu’il y a six mois mais le terrorisme est devenu un phénomène mutant car, tous les jours, dans le monde, des soldats du terrorisme sont arrêtés, ce qui montre l’ampleur du phénomène ».

Pour cet expert français, comme pour d’autres en Europe, «la période la plus dangereuse sera celle des fêtes de fin d’année » sans que personne ne sache dans quel pays le terrorisme pourrait frapper en priorité.


Trabelsi visait Kleine Brogel Nizar Trabelsi, ancien footballeur et terroriste présumé arrêté à Bruxelles, se dit coupable dans une interview accordée à la RTBF et diffusée plus longuement au cours du journal télévisé de la chaîne. "Je suis coupable. Il faut que je paie. Ce que j'ai fait n'est pas quelque chose de bien, mais je n'avais pas le choix", explique-t-il depuis la prison de Forest où il est détenu sous haute surveillance. Nizar Trabelsi avoue avoir eu comme projet de faire sauter la base américaine de Kleine Brogel. L'ambassade américaine à Paris n'était pas visée par un attentat. "Ce n'est pas logique que j'achète les produits ici pour les transporter à Paris. Je ne savais même pas où se trouvait cette ambassade", dit-il. La cible en Belgique était bel et bien la base de Kleine Brogel dans le Limbourg, a-t-il confirmé en réponse aux questions de la RTBF. La bombe devait sauter au printemps 2002. "Je suis prêt à tout sauf à aider les Américains", déclare-t-il en abordant son parcours. Nizar Trabelsi dit avoir rencontré Oussama ben Laden, le chef du réseau Al-Quaïda, à Kandahar (Afghanistan). "Je l'aime comme mon père. Je m'en fous de tout ce qu'il a fait, le 11 septembre, etc. J'avais une bonne relation avec lui, j'ai parlé beaucoup avec lui, j'ai senti qu'il ne jouait pas avec moi. Il m'a aidé, m'a donné des conseils", a-t-il expliqué. En ce qui concerne la préparation des attentats, Nizar Trabelsi précise que la liste de produits chimiques trouvée à Uccle lors de son arrestation est la même que celle des produits utilisés lors des attentats de Nairobi (Kenya) et Dar-el-Salaam (Tanzanie). "C'est la plus grave bombe qui existe". Cette liste lui a été donnée par des personnes conseillée par ben Laden et qui l'ont guidé. Il est le seul à avoir été arrêté, ses complices n'ont pas été inquiétés, conclut-il. Abordant ses convictions religieuses, Nizar Trabelsi déclare: "Avec ça, je vais mourir, c'est ma religion, j'aime Dieu, j'aime l'Islam et tous les musulmans". Nizar Trabelsi a été arrêté le 13 septembre 2001 dans un appartement de l'avenue Mozart, à Uccle. Il était en possession d'une liste de produits pouvant servir à la confection d'explosifs. Pour rappel, deux dossiers de terrorisme islamistes ont été ouverts au parquet de Bruxelles, centrés pour l'un autour de Nizar Trabelsi et pour l'autre autour de Tarek Maaroufi. Le parquet devrait bientôt transmettre ses réquisitions. Dans les deux dossiers, des préventions de faux, association de malfaiteurs et relative à la détention d'armes sont retenues. Le dossier "Trabelsi" tourne autour de la préparation d'attentats; la tentative de destruction d'édifices à l'explosif est également retenue. Le dossier "Maaroufi" tourne autour de l'assassinat du commandant Massoud, le chef de l'Alliance du Nord tué en Afghanistan le 9 septembre 2001 par deux Tunisiens, ayant utilisé des passeports belges et ayant vécu en Belgique.

Sur le même sujet