Un «oui» de justesse à l'Otan

L'Union européenne est plébiscitée lors du référendum sur l'adhésion. En revanche, la guerre en Irak a douché les aspirations à l'adhésion à l'Otan. L'entrée dans l'Alliance est toutefois adoptée à un peu plus de 50%.

Un «oui» de justesse à l'Otan
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JEAN-ARNAULT DERENS

CORRESPONDANT DANS LES BALKANS

Les électeurs slovènes ont finalement, mais de justesse, décidé d'approuver l'adhésion de leur pays à l'Otan. Comme prévu, l'entrée dans l'Union européenne, objet du second référendum organisé dimanche, aurait été plébiscitée par près de 90% des électeurs. Par contre, selon les résultats connus dimanche en soirée, l'OTAN n'a recueilli qu'environ 55% d'opinions favorables.

Crédibilité du pouvoir

Le gouvernement slovène, qui avait engagé toute sa crédibilité sur ces deux scrutins, peut néanmoins respirer. Depuis son accession à l'indépendance en 1991, jamais la Slovénie n'avait connu un débat politique d'une telle ampleur et d'une telle virulence.

Le vote sur l'Union européenne ne laissait pas la place à la moindre incertitude. Pour la quasi-totalité des Slovènes, l'ancrage européen de leur pays est naturel. Par contre, l'adhésion à l'Otan a révélé une importante fracture entre la classe politique, unanimement favorable à l'Alliance atlantique, et une opinion publique beaucoup plus réservée. Les derniers sondages laissaient cependant présager la victoire du «oui».

Pas de menace

Les opposants à l'Alliance atlantique ont fait campagne jusqu'au dernier moment. «Personne ne menace la Slovénie, l'adhésion à l'Otan va entraîner une inflation importante des dépenses militaires, sans que le pays n'en tire de gains réels en matière de sécurité. Bien au contraire, nous risquons d'attirer vers nous un terrorisme international qui négligeait jusqu'à présent la Slovénie», a ainsi martelé durant des semaines Joze Mencinger, recteur de l'Université de Ljubljana et opposant le plus connu à l'adhésion à l'Otan.

Méfiance à l'égard de Bush

L'alignement de la diplomatie slovène sur les positions américaines à propos de l'Irak a suscité une tempête inhabituelle dans le petit pays, et le ministre des Affaires étrangères, Dimitrij Rupel, est devenu la cible d'une presse presque unanime. Les Slovènes ont, en effet, montré qu'ils refusaient de relier automatiquement adhésion à l'Union européenne et à l'Otan.

Dans un long article récapitulant les arguments en faveur et en défaveur de l'adhésion à l'Otan, l'éditorialiste du quotidien «Delo», Janko Lorenci, a émis de sérieux doutes sur les avantages que le pays pourrait escompter en matière de sécurité s'il adhérait à l'Alliance atlantique.

Il concluait en se demandant si «la doctrine Bush allait perdurer». Pour lui, pas de doute, si «la fracture entre l'Europe et les USA s'approfondit, la géographie rappelle que la place de la Slovénie se trouve davantage du côté de la vieille Europe que de celui des USA de Georges W.Bush».

Le meurtre de Djindjic

Les analystes improvisés qui décortiquaient, ces derniers jours, les motivations des électeurs à la terrasse des cafés de Ljubljana, s'accordaient cependant pour reconnaître que le meurtre du premier ministre serbe Zoran Djindjic preuve de l'instabilité des voisins orientaux de la Slovénie devait faire pencher la balance en faveur du «oui». La guerre en Irak, très largement condamnée par l'opinion, a bien failli inverser la donne.

Le gouvernement slovène évite donc le désaveu, et devrait adresser, dès lundi, une lettre au siège de l'Otan, acceptant l'intégration du pays dans l'Alliance atlantique.

© La Libre Belgique 2003