Donald Rumsfeld s'en prend à la Belgique

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld s'en est pris vivement jeudi à la Belgique en raison des plaintes déposées dans le cadre de la loi de compétence universelle contre des responsables américains, alors que son homologue belge, André Flahaut, tentait de calmer le jeu en expliquant les modifications apportées à cette loi.

Donald Rumsfeld s'en prend à la Belgique
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Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld s'en est pris vivement jeudi à la Belgique en raison des plaintes déposées dans le cadre de la loi de compétence universelle contre des responsables américains, alors que son homologue belge, André Flahaut, tentait de calmer le jeu en expliquant les modifications apportées à cette loi.

«Nous allons devoir nous opposer à tout déblocage de financements en vue de la construction du futur siège de l'OTAN jusqu'à ce que nous soyons sûrs que la Belgique entend être un endroit hospitalier », a déclaré M. Rumsfeld lors d'une conférence de presse clôturant la première journée d'une réunion ministérielle.

«Cela n'a pas beaucoup de sens d'encore tenir des réunions au siège de l'OTAN à Bruxelles si les responsables militaires et civils ne peuvent plus venir ici sans risquer d'être arrêtés, a-t-il ajouté.

Il a qualifié d' »absurde » la plainte déposée le 14 mai dernier - mais entre-temps transmise à Washington - contre le commandant des forces américano-britanniques pendant la guerre en Irak, le général américain Tommy Franks. Il a toutefois assuré qu'il souhaitait «mettre un problème sur la table », sans menacer d'un éventuel déménagement du siège de l'Alliance atlantique.

«C'est à la Belgique et à l'OTAN de trouver une solution », a ajouté M. Rumsfeld, en accusant la Belgique d'avoir transformé son système judiciaire en «plateforme politisée » visant des pays alliés dans l'OTAN.

Selon lui, «les Etats-Unis ne reconnaissent pas aux tribunaux belges l'autorité présumée pour poursuivre » des responsables américains.

Son homologue belge, André Flahaut, lui avait pourtant répondu un peu plus tôt dans la journée en rappelant que la loi avait été modifiée à deux reprises, dont la dernière avec la volonté d'éviter les «abus politiques ».

Cette loi du 16 juin 1999 est à l'origine de tensions entre Bruxelles et Washington, notamment en raison de plaintes déposées en Belgique et visant des hauts responsables politiques et militaires américains. La Chambre américaine des représentants a récemment approuvé un amendement à la loi de finances du Pentagone qui demande à M. Rumsfeld, de mener une étude sur un éventuel déménagement du siège de l'OTAN, installé à Bruxelles depuis 1967, en invoquant cette loi.

Lors d'un déjeûner, M. Flahaut a répondu à une «interpellation » de M. Rumsfeld en expliquant à l'ensemble de ministres que cette loi avait «pour objectif de transposer dans le système législatif belge les obligations internationales qui découlent de la Convention de Genève de 1949 » sur les crimes de guerre.

La loi a été modifiée une première fois en 1999, afin d'y incorporer les crimes de génocide et les crimes contre l'humanité.

«Depuis lors, quatre responsables du génocide au Rwanda ont été jugés en Belgique », a-t-il rappelé.

M. Flahaut a ajouté que le Parlement belge avait voté début avril, juste avant sa dissolution, une deuxième modification de la loi qui vise à réduire «les abus politiques ».

Le ministre a aussi rappelé que le gouvernement belge avait «en six jours » clos le dossier de la plainte déposée le 14 mai dernier contre le commandant des forces américano-britanniques pendant la guerre en Irak, le général américain Tommy Franks, en la transmettant aux autorités américaines.

«Aucune législation ne peut exclure que de telles plaintes soient introduites », même aux Etats-Unis, en vertu du War Crimes Act de 1996, a souligné le ministre belge dans son intervention, dont le texte a été distribué à la presse.

M. Flahaut a encore insisté sur le fait que la Belgique était, «tous commes les autres pays représentés » à l'OTAN, une démocratie parlementaire avec une réelle séparation des pouvoirs.

Il a enfin réitéré la «traditionnelle hospitalité » de la Belgique à l'égard des institutions internationales, comme l'OTAN et l'Union européenne, et suggéré la poursuite des explications belgo-américaines lors d'un contact bilatéral tant entre les ministres des Affaires étrangères que ceux de la Défense.

Le siège de l'OTAN est installée en Belgique depuis 1967 à la suite de son expulsion de France par le président Charles de Gaulle. Elle a dévoilé au début de l'année le projet qui a été retenu pour la construction d'ici à 2009 de son nouveau siège pour un montant de plus de 300 millions d'euros.

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