Un siège qui doit être «rentable»

Président de la Commission du Renseignement, le représentant américain Porter Goss ne veut dépenser l'argent du contribuable qu'avec sagesse, annonce son site Internet. Et la Belgique, où l'Otan est en compétition avec l'Union européenne pour l'immobilier, n'offre peut-être pas le meilleur «boom» par dollar. Question de sous donc, mais aussi de stratégie...

YVE LAUDY

ENTRETIEN

CORRESPONDANTE À WASHINGTON

Président de la Commission du Renseignement, le représentant américain Porter Goss ne veut dépenser l'argent du contribuable qu'avec sagesse, annonce son site Internet. Et la Belgique, où l'Otan est en compétition avec l'Union européenne pour l'immobilier, n'offre peut-être pas «the best bang for the buck», le meilleur «boom» par dollar. Il a donc annexé un amendement au budget de la Défense, exigeant une étude pour déterminer s'il est rentable de construire le nouveau quartier général de l'Alliance atlantique en Belgique.

Mais d'autres éléments interviennent, note M. Goss. L'élargissement de l'Otan a déplacé son centre vers l'Est et, dans un monde différent, le concept stratégique change. Un second amendement demande par ailleurs une évaluation de l'impact de la compétence universelle, source d'irritation intense, sur les activités des militaires américains.

«Personne ne voulait être le parent de l'Alliance. Quand la France ne s'y est plus intéressée, la Belgique s'est proposée et a fait un job splendide», admet M. Goss. «Mais les temps ont changé. Il y a plus de membres, d'autres menaces, des idées neuves sur ce que l'Otan doit accomplir. Il faut donc voir s'il est judicieux de rebâtir en Belgique.»

Perspective militaire

Le député précise qu'il s'agit d'une perspective purement militaire, et non pas diplomatique, donc sans nuance ni subtilité. «Le second amendement, pas plus subtil mais plus nuancé, demande l'avis des militaires sur le siège de l'Otan dans un pays où la juridiction universelle permet de poursuivre le général Franks et d'autres. La loi a été modifiée mais pas assez... Des radicaux et des voyous politiques peuvent encore en abuser pour provoquer des troubles politiques et nous pourrions refuser d'exposer nos chefs militaires à ce risque.»«Nous pouvons accepter des arrangements bilatéraux mais pas renoncer à notre souveraineté», poursuit M. Goss. «Il y a consensus à ce sujet au Congrès. Si la juridiction universelle partait de bonnes intentions, c'est une mauvaise idée devenue une mauvaise farce! Et il est intéressant que le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, haut responsable de l'exécutif, ait la même perspective que moi et d'autres membres du pouvoir législatif concernés par la sécurité nationale, alors qu'il n'y a pas eu de concertation. Nous n'en avons pas parlé.»

M. Goss suit les affaires de l'Alliance de près depuis longtemps. Il y a acquis de l'expérience et noué des amitiés, et tient à expliquer sa démarche. «L'amendement, voté par une énorme majorité, signale que le Congrès est extrêmement mécontent de la façon dont la Belgique agit dans le cadre de la juridiction universelle. La décision lui appartient et ce n'est pas un ultimatum... C'est un message amical pour dire que la loi ne fonctionne pas bien. Les aspects pratiques sont inacceptables et les conséquences peuvent être négatives pour la Belgique, pour notre relation et pour l'Otan.»

Que faire? «Nous avons amplement le temps de discuter et de négocier. Il n'y a aucune difficulté entre nos pays, sûrement pas au niveau de la sécurité nationale. Ce sont les voyous et les radicaux politiques qui créent des problèmes inutiles. Notre loi sur le budget de la Défense sera présentée bientôt mais peu importe car M. Rumsfeld a déjà mis la question de la compétence universelle sur le tapis. Et la Belgique peut avoir des idées sur la manière dont on peut la gérer afin que ce ne soit pas un obstacle aux travaux de l'Alliance là où elle est à présent. Il faut bien comprendre que c'est une idée séparée», insiste M. Goss. «La question du lieu où doit se situer l'Otan, pour être efficace, fut inspirée par l'élargissement et l'éventualité de nouvelles missions. Le résultat peut être le même mais c'est indépendant de la compétence universelle.»

Antiaméricanisme naturel

Le député, qui a observé l'antiaméricanisme «dans certains cercles», l'attribue à un phénomène naturel d'évolution. «Nous devons apprendre comment nous comporter dans un monde différent. C'était plus facile avec le Pacte de Varsovie... Nous n'avons pas encore confiance en l'avenir en ce nouveau siècle et la seule façon de résoudre le problème est le dialogue.»

Et, à son avis, les retombées de la dispute sur la guerre en Irak sont temporaires. «Nous avons de la gratitude pour les pays qui, comme la Pologne et d'autres, ont pris des risques pour nous aider. Nous sommes déçus que certains de nos amis n'aient pas pu le faire mais cela passera», conclut M. Goss.

© La Libre Belgique 2003

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