Encore de la méfiance à Washington

L'annonce du projet de nouvelle révision de la loi sur la compétence universelle par le gouvernement belge n'a pas provoqué l'enthousiasme aux Etats-Unis. Il est encore trop tôt pour se faire une idée définitive de l'appréciation de l'administration Bush

Encore de la méfiance à Washington
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YVE LAUDY

CORRESPONDANTE À WASHINGTON

L'annonce du projet de nouvelle révision de la loi sur la compétence universelle par le gouvernement belge n'a pas provoqué l'enthousiasme aux Etats-Unis. Il est encore trop tôt pour se faire une idée définitive de l'appréciation de l'administration Bush. Mais d'après les premières réactions, même si l'ambassadeur américain à Bruxelles croit que «cela pourrait être la solution», il semble que seule l'abrogation satisferait vraiment Washington...

Peu de commentaires

Le «Wall Street Journal» ne faisait même pas mention de la révision annoncée dans ses éditions de lundi. Dans une «brève» à la page 11, «USA Today» note que, si le gouvernement belge a accepté de changer la loi sur les crimes de guerre, limitant les plaintes aux cas qui ont un lien avec la Belgique, il n'est pas sûr que cela suffira.

Un article sur base de l'agence de presse Reuters publié dans le «Washington Post» en dit autant et cite le Premier ministre, Guy Verhofstadt: «Ce n'est pas la pression américaine (qui nous a guidés)... La raison pour laquelle nous avons modifié la loi est en réalité le souci de la garder». Or, d'autres officiels belges auraient expliqué au «New York Times» que, sans la pression américaine, la Belgique n'aurait pas envisagé de changer la loi. Tous les quotidiens rappellent que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a menacé de bloquer le financement d'un nouveau quartier général pour l'Otan en Belgique et, dans un article à peine plus long, le «New York Times» précise que le «cas par cas» de l'amendement précédent ne l'avait pas satisfait et qu'il a donné six mois à la Belgique pour abroger la loi.

«Cette loi est injustifiable et il faudrait l'abroger», répète ainsi à «La Libre» une porte-parole du Département d'état. Mais d'autres diplomates affirment qu'il faut encore attendre avant de se prononcer. Car c'est un problème complexe et la Belgique doit le résoudre.

L'Otan en point de mire

Après la visite de M. Rumsfeld au siège de l'Otan à Bruxelles, la presse américaine avait relevé que ses commentaires menaçants pouvaient durcir la résistance des politiciens belges alors qu'eux-mêmes jugent que la loi a des conséquences plus fâcheuses que prévu. M. Rumsfeld a rétorqué qu'il n'énonçait qu'un fait évident: rebâtir le quartier général de l'Alliance en Belgique n'a pas de sens si les officiels américains ne peuvent pas y venir. Cela pourrait entraver le bon fonctionnement de l'Otan, nous a aussi dit le député Porter Goss, président de la Commission des services de renseignement.

Nationalité belge

Le «tout Washington politique» est furieux que MM. Cheney, Rumsfeld, Powell, le général Schwarzkopf, les présidents Bush père et fils ou d'autres hauts officiels soient la cible de poursuites de «nuisance». Le sentiment est, qu'ayant obtenu ou étant en mesure d'obtenir la nationalité belge, des gens motivés par l'anti-américanisme ou d'autres raisons politiques pourront encore entamer des procès fantaisistes si la loi n'est pas abrogée. Mais, comme dit un diplomate, il peut être trop tôt pour juger... «Wait and see».

© La Libre Belgique 2003

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