Ali Belhadj, du FIS, fait toujours peur

Arrêtés au faîte de leur gloire, en juin 1991, Abassi Madani et Ali Belhadj, les deux chefs historiques du Front islamique du salut (FIS), devraient retrouver, ce mardi à la faveur de leur libération au terme de leur peine, un pays déchiré par une guerre civile qui a fait plus de 100.000 morts.

Ali Belhadj, du FIS, fait toujours peur
©AFP
AREZKI AÏT-LARBI

CORRESPONDANT À ALGER

Arrêtés au faîte de leur gloire, en juin 1991, Abassi Madani et Ali Belhadj, les deux chefs historiques du Front islamique du salut (FIS), devraient retrouver, ce mardi à la faveur de leur libération au terme de leur peine, un pays déchiré par une guerre civile qui a fait plus de 100.000 morts.

Une pensée expéditive

Malgré une perte incontestable d'influence dans les milieux populaires, leurs fidèles partisans se sont mis à rêver d'un retour à la case départ: re-légalisation du FIS dissout au lendemain de sa victoire des législatives avortées de décembre 1991, pour repartir à l'assaut du pouvoir. La semaine dernière, Ahmed Ouyahia, Premier ministre et chef du Rassemblement national démocratique, sonnait la mobilisation générale contre le risque d'un «raz de marée intégriste» : «Nous sommes dans une situation identique à celle de 1990 et 1991. Où sont le pôle démocratique et le courant nationaliste? Attendent-ils le mois d'avril pour pleurer?».

En agitant ainsi l'épouvantail islamiste, y a t-il un réel danger, ou est-ce une manoeuvre pour réaliser l'union sacrée derrière le régime? Si le vieux Abassi Madani, que l'on dit fatigué et aigri, n'aspire qu'à finir ses jours dans la tranquillité, son lieutenant Ali Belhadj, âgé de 47 ans, peut créer encore bien des surprises. Redoutable tribun qui tenait le pays au bout de sa langue, homme sincère et sans calculs, il puise son énergie dans la force de ses convictions, vouées à «la juste Voie et la gloire du Miséricordieux».

Ses formules à l'emporte-pièce résument une pensée politique aussi sommaire qu'expéditive. Les lois de la République? «Je foule de mes pieds vos lois et votre Constitution», proclame-t-il à la face de ses adversaires. La démocratie? «C'est kofr (impie) ! Nous refusons la démocratie parce qu'elle est basée sur l'avis de la majorité. Nous ne nous soumettrons pas à la majorité, mais à ce qui est conforme à la charia. Et nous rejetons ce qui ne l'est pas».

Des menaces des militaires

A 10 mois de l'élection présidentielle prévue pour le printemps 2004, Ali Belhadj, exclu de la compétition par la perte de ses droits civiques pour une période de cinq ans, sera incontestablement courtisé pour arbitrer entre différents prétendants. Après la disparition de cheikh Mahfoud Nahnah, le chef du Mouvement de la société de la paix (ex-Hamas) mort il y a deux semaines des suites d'une maladie, deux candidats se disputeront les suffrages intégristes. Le favori, Taleb Ibrahimi, est un ancien baron du régime, inamovible ministre de 1965 à 1988. Influent dans les milieux islamistes «modérés», il compte de nombreux partisans dans les appareils d'Etat. Pour nombre d'officiers supérieurs de l'armée, il pourrait constituer une solution à la crise de légitimité du pouvoir, et un trait d'union entre les islamistes, et les «barbéfélènes», les nationalistes religieux issus du FLN, l'ex parti unique.Âgé de moins de 50 ans, son challenger, Abdellah Djabballah, est un intégriste pur jus, qui n'hésitait pas, dans les années 70, à manier le sabre et le couteau contre les étudiants laïques. Partisan d'un Etat islamique pur et dur, il se garde toutefois de toute aventure violente.

Fort d'une aura bonifiée par l'épreuve de la prison, Ali Belhadj est donc attendu pour doper le moral des troupes et mettre de l'ordre parmi les seconds couteaux. Mais sa marge de manoeuvre est étroite. Pour les autorités, il est exclu de lui laisser la bride sur le cou pour rééditer les grandes messes de 1990, qui rassemblaient ses partisans par centaines de milliers. D'autant plus que de sérieuses menaces pèsent déjà sur lui et sur Abassi Madani. En juillet 2002, le général Lamari, chef d'Etat major de l'armée, les mettait déjà en garde: «Comme on avait averti Hachani (NdlR.: le numéro 3 du FIS assassiné en novembre 1998) qu'il courrait un danger, en lui proposant une protection, le même problème peut se reproduire pour ces deux cas, car ils sont condamnés par les terroristes, selon les renseignements dont nous disposons».

© La Libre Belgique 2003