Libération des 2 derniers dirigeants du FIS

Les deux derniers dirigeants du Front Islamique du Salut (FIS, dissous), Abassi Madani et Ali Belhadj, condamnés à douze ans de prison pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", ont été libérés mercredi, mais sont interdits de toute activité politique

AFP

Les deux derniers dirigeants du Front Islamique du Salut (FIS, dissous), Abassi Madani et Ali Belhadj, condamnés à douze ans de prison pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", ont été libérés mercredi, mais sont interdits de toute activité politique.

Abassi Madani, 72 ans, le numéro un de l'organisation, en résidence surveillée à Alger depuis 1997, s'est vu notifier la levée de cette interdiction en prenant connaissance d'un procès-verbal du tribunal militaire de Blida, à 50 km au sud d'Alger, selon le procureur de ce tribunal.

De son côté, Ali Belhadj, 47 ans, le numéro deux du FIS, était libéré au même moment de la prison militaire de Blida avec la même notification, a précisé à l'AFP Me Abennour Ali-Yahia, l'avocat des dirigeants du FIS.

Le procès-verbal présenté aux deux dirigeants, qui avaient été arrêtés le 30 juin 1991, rappelle que leur condamnation, en juillet 1992, à douze ans de réclusion par le tribunal militaire de Blida comporte l'interdiction formelle de toute activité politique sous quelque forme que se soit.

Après cette condamnation, l'Algérie avait sombré dans la violence qui a fait depuis, plus de 100.000 morts, selon des chiffres officiels et qui continue, quotidiennement, à faire des victimes.

Le rappel des dispositions découlant des condamnations signifie qu'Ali Belhadj, tribun charismatique des quartiers populaires d'Alger, ne pourra reprendre ses prêches enflammés qui avait fait trembler le pouvoir dans les années 1990 au moment de la pleine puissance du FIS.

Les autorités ont ainsi voulu "être très claires et ont verrouillé préventivement toute velléité de reprise de leur action politique", a indiqué un sympathisant du FIS à l'AFP.

Les deux hommes ont notamment "l'interdiction de tenir réunion, de créer une association à des fins politiques, culturelles, caritatives ou religieuses, de s'affilier ou d'activer au sein des partis politiques, ou de toute autre association civile culturelle, sociale, religieuse ou autre, en qualité de membre de dirigeant ou de sympathisant", selon un communiqué du procureur du tribunal militaire de Blida.

Les deux ex-dirigeants ne doivent pas également prendre la parole ou "participer à toute manifestation politique, sociale, culturelle ou religieuse". Ils doivent également s'abstenir de "tout acte de nature à traduire une prise de position politique", selon cette source.

Ces dispositions, qui "bloquent" toute démarche politique éventuelle des deux hommes, ont été rejetées par Ali Belhadj qui a refusé de signer le procès-verbal du tribunal, selon le procureur de cette institution.

Ali Belhadj a également refusé "catégoriquement" une "protection rapprochée pour assurer sa sécurité", a indiqué la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), manifestant ainsi une fois de plus son refus de collaborer avec un Etat qu'il n'a cessé de combattre et traiter d'"impie" afin d'instaurer une république islamique en Algérie.

Ces libérations, attendues depuis plusieurs semaines, n'ont pas suscité d'effervescence particulière dans la capitale, notamment dans les quartiers populaires de Belcourt et de Kouba où résident les deux hommes.

Ali Belhadj a d'aileurs rendu visite dès sa sortie de prison à Abassi Madani à Belcourt avant de regagner son domicile de Kouba vêtu de son kamis traditionnel, après avoir vu aussi sa grand-mère.

Devant son domicile, quelques dizaines de personnes l'ont accueilli, poussant des youyous pour les femmes, tandis que des hommes criaient "Allah ou Akbar" (Dieu est le plus grand").