Pyromane, par plaisir et par frustration

AMÉLIE JAMAR (St.)

ENTRETIEN

Chaque année, de gros incendies sont déclenchés par des pyromanes. Comment explique-t-on cet acte?

La pyromanie appartient à la catégorie des troubles du contrôle de l'impulsivité. Dans cette même catégorie, on retrouve également les joueurs pathologiques ou les cleptomanes. Il s'agit de gens qui éprouvent une difficulté à contrôler leur impulsion de passer à l'acte. Et ce passage à l'acte leur procure une satisfaction, un plaisir.

Le plaisir est donc la motivation principale du pyromane...

Oui. Mettre le feu lui procure un certain plaisir. Mais observer le feu brûler ou voir l'intervention des services de secours qui luttent contre l'incendie font aussi partie des plaisirs qui peuvent être recherchés. Les pyromanes peuvent cependant éprouver des regrets par la suite. Ces personnes sont conscientes que leur comportement est dangereux ou dommageable.

Existe-t-il un profil-type du pyromane?

Il s'agit en général de gens ayant un comportement antisocial. Leur relation avec les autres est assez difficile. Ils ont des problèmes affectifs, des variations d'humeur, passant rapidement d'un comportement positif à un comportement négatif. Mais il peut s'agir aussi de déficients mentaux légers ou moyens.

Quels sont les éléments déclencheurs de tels comportements impulsifs?

Le fait de passer à l'acte, et donc dans le cas de la pyromanie de mettre le feu, est une réponse aux affects dépressifs ou à des frustrations.

Devient-on pyromane ou naît-on pyromane?

C'est difficile à dire. Les pyromanes ont à la base une fragilité génétique par rapport au contrôle des impulsions. Mais le fait de choisir telle impulsion, le feu, plutôt que telle autre, le vol par exemple, dépend de l'histoire de la personne et à quelle expérience elle a été confrontée en premier lieu. Si une personne sujette à des problèmes de comportement impulsif a d'abord vécu une expérience avec le feu et que cette dernière lui a procuré du plaisir, il y a de fortes chances que cette personne devienne pyromane.

Ce comportement impulsif peut-il être soigné?

Des médications permettent de l'atténuer. Mais il y a aussi une approche cognito-comportementale. Il faut travailler ce comportement et tout ce qui lui est préalable.

Si un pyromane éprouve une frustration à sa solitude, on l'incitera à aller chercher de la compagnie plutôt que de mettre le feu.

La pyromanie est-elle une maladie fréquente?

Non. La pyromanie pure est rare. Pour chaque incendie, il faut analyser le contexte et la motivation de l'acte.

La colère et la rage n'ont rien à voir avec la pyromanie.

© La Libre Belgique 2003