Robert Mugabe semble plus isolé que jamais

L’isolement du président zimbabwéen Robert Mugabe sur le plan international semblait lundi plus aigu que jamais au lendemain de sa décision de retirer son pays du Commonwealth alors que l’opposition dénonçait une «nouvelle tentative pour éviter un retour aux principes démocratiques».

Robert Mugabe semble plus isolé que jamais
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L’isolement du président zimbabwéen Robert Mugabe sur le plan international semblait lundi plus aigu que jamais au lendemain de sa décision de retirer son pays du Commonwealth alors que l’opposition dénonçait une «nouvelle tentative pour éviter un retour aux principes démocratiques». L’annonce de Robert Mugabe, faite à peine plus d’une heure après la décision du Commonwealth à Abuja de prolonger pour une période indéfinie l’exclusion de ses rangs du Zimbabwe, a immédiatement été qualifiée d’«illégale» par l’opposition zimbabwéenne incarnée par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Morgan Tsvangirai.

L’homme de la rue, déjà soumis à une crise économique et sociale catastrophique, ne ressentira pas d’emblée les conséquences du retrait du Zimbabwe du Commonwealth, a estimé Joseph Kurebwa, professeur d’université, mais le pays devra faire face désormais à un isolement quasi-total. «Nous sommes un pays si petit que nous risquons de perdre la faible influence que nous avions en matière d’affaires internationales», a commenté Joseph Kurebwa.

Robert Mugabe et son équipe sont la cible de sanctions de l’Union européenne et de l’administration américaine depuis les élections de mars 2002 qui ont reconduit pour six ans le président du Zimbabwe dans des conditions contestées.

Par la voix de son secrétaire général Welshman Ncube, le MDC a qualifié d’«illégale» la décision de retrait du Commonwealth prise par M. Mugabe. «La décision de retrait du Commonwealth a été prise sans l’accord du conseil des ministres comme le prévoit la constitution, elle est par conséquent illégale», a commenté M. Ncube, la qualifiant de «nouvelle tentative pour éviter un retour aux principes démocratiques».

La Zanu-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique, au pouvoir) avait indiqué la semaine dernière que si le Zimbabwe n’était pas traité comme un égal au cours du sommet du Commonwealth à Abuja, il quitterait l’organisation. Dès dimanche soir, M. Mugabe, qui venait d’être avisé par téléphone de la décision de l’organisation, a qualifié celle-ci d’«inacceptable» et a annoncé le retrait du Zimbabwe du Commonwealth avec effet immédiat.

Cette décision illustre «la dictature exercée par le gouvernement de la Zanu-PF», a estimé Lovemore Madhuku, professeur de droit et militant des droits de l’Homme. La décision du chef de l’Etat démontre également de manière plus générale les limitations de la communauté internationale dans ses actions pour gérer les crises politiques, a ajouté le professeur Madhuku.

La crise zimbabwéenne a créé au sein du Commonwealth un fossé grandissant entre des poids lourds africains comme le Nigeria et l’Afrique du sud, partisans de la diplomatie face à Harare, et le «Commonwealth blanc», notamment l’ancienne puissance coloniale britannique engagée dans un bras de fer sans merci avec M. Mugabe depuis trois ans et suivie par l’Australie.

Les réglementations des organisations internationales doivent enjoindre leurs pays membres à s’y soumettre sans avoir le droit de se retirer quand bon leur semble, a-t-il ajouté en substance. Pour Lovemore Madhuku, «le Zimbabwe a choisi de se soustraite à l’observation internationale plutôt que de se soumettre aux exigences du droit».

Commentant les avantages que les membres du Commonwealth retirent généralement de leur appartenance à l’organisation en terme d’aide et d’échanges culturels, le Secrétaire de la Zanu-PF pour les affaires extérieures, Didymus Mutasa, a estimé au contraire que le Zimbabwe n’en avait nullement profité. «Nous n’en avons rien retiré» (du Commonwealth) et y avons plutôt beaucoup perdu (...) notre président a été critiqué par le Commonwealth plus qu’aucun autre dirigeant«, a-t-il dit. »Cela ne représente rien pour nous, et il est tout à fait ridicule que nous ayions jamais fait partie de ce club«.