Economiser et délocaliser les prisons

Pour faire des économies, l'Autriche entend délocaliser ses prisons dans les pays «sources de criminalité», un concept controversé qu'elle va tester avec la Roumanie avant une possible extension à d'autres pays. Selon un projet approuvé le 17 janvier par Bucarest et qui constitue une première en Europe, Vienne envisage de financer la construction d'une prison pour pouvoir renvoyer dans leur pays des Roumains détenus en Autriche.

Economiser et délocaliser les prisons
©JOHANNA DE TESSIÈRES
AFP

Pour faire des économies, l'Autriche entend délocaliser ses prisons dans les pays «sources de criminalité», un concept controversé qu'elle va tester avec la Roumanie avant une possible extension à d'autres pays. Selon un projet approuvé le 17 janvier par Bucarest et qui constitue une première en Europe, Vienne envisage de financer la construction d'une prison pour pouvoir renvoyer dans leur pays des Roumains détenus en Autriche dont «la culpabilité est prouvée ou qui ont avoué les faits».

Pour le gouvernement de coalition (droite - extrême droite) au pouvoir à Vienne, il s'agit avant tout de faire des économies budgétaires. «Le coût de revient des 370 Roumains détenus chaque jour en moyenne en Autriche atteint les 13,5 millions d'euros par an», souligne une porte-parole du ministère de la Justice, Marie-Theres Ehrendorff. La construction d'une prison neuve en Roumanie coûterait entre 3 et 5 millions d'euros. Du côté roumain, on explique cette coopération, dont la mise au point définitive interviendra en mars, par le manque d'établissements pénitentiaires et les meilleures chances de réinsertion qui seraient offertes aux délinquants dans leur propre pays.

Des pressions sur Bucarest?

On peut aussi y voir le résultat de la pression exercée par Vienne sur un pays qui espère adhérer en 2007 à l'Union européenne. En septembre, excédé par une flambée de criminalité, le gouvernement autrichien avait menacé de s'opposer à l'adhésion roumaine. D'après des chiffres de la police, le nombre de délinquants roumains interpellés en Autriche a augmenté de 50 pc en 2003, effet de la levée de l'obligation de visa pour les ressortissants roumains.

Souvent divisés sur d'autres sujets, les partenaires de la coalition sont plus soudés que jamais sur ce dossier. Lancée par le ministre (FP, extrême droite) de la Justice, Dieter Boehmdorfer, l'initiative de délocalisation des prisons a obtenu le soutien des conservateurs. Alors que des juristes mettent en doute la légalité du projet et que la gauche dénonce une mesure «aux relents xénophobes», le FP de la ville de Vienne a déjà réclamé une délocalisation d'établissements pénitentiaires au Nigeria et en Turquie. Mais, selon la porte-parole des Verts pour les questions judiciaires, Terezija Stoisits, il y a plus de détenus allemands que de roumains dans les prisons autrichiennes. «Pourquoi négocie-t-on un tel accord avec la Roumanie et pas avec l'Allemagne?»

© La Libre Belgique 2004

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