André Flahaut réécrit l'histoire

Il pleut des génocides - réels ou supposés - en ce printemps. Après celui dont le cinéaste anglais Peter Bate accuse Léopold II en tant que souverain de l'Etat indépendant du Congo - accusation qui suscite un tollé dans la communauté des historiens scientifiques -, voici que les panneaux d'une exposition itinérante issue du ministère belge de la Défense nationale en recensent pas moins de treize, du XVe siècle à nos jours, dont certains ont de quoi surprendre.

P.V.
André Flahaut réécrit l'histoire
©FRÉDÉRIC SABLON

Il pleut des génocides - réels ou supposés - en ce printemps. Après celui dont le cinéaste anglais Peter Bate accuse Léopold II en tant que souverain de l'Etat indépendant du Congo - accusation qui suscite un tollé dans la communauté des historiens scientifiques -, voici que les panneaux d'une exposition itinérante issue du ministère belge de la Défense nationale en recensent pas moins de treize, du XVe siècle à nos jours, dont certains ont de quoi surprendre.

Convaincus que, décidément, André Flahaut n'en rate pas une, nos confrères du «Standaard» tiraient déjà à boulets rouges dans leurs éditions de jeudi. C'est qu'à l'heure où on s'efforce d'arrondir quelque peu les angles dans les relations belgo-américaines, les documents en cause, publiés dans le dernier numéro du bimensuel militaire «Direct», situent les deux plus grands génocides de l'histoire quant au nombre de victimes... en Amérique. Et suggèrent en outre qu'ils se poursuivent de nos jours.

Trois petits points

Voici la liste, les numéros correspondant à des renvois opérés à partir d'une carte du monde:

«1. Amérique du Nord 1492-... : 150000002. Holocauste en Europe 1933-1945: 60000003. Ex-Yougoslavie 1991-1999: 8000004. Arménie 1915-1918: 14000005. Pakistan 1971: 15000006. Mandchourie 1930: 2000007. Amérique du Sud 1500-... : 140000008. Ouganda 1971-1979: 3000009. Rwanda 1994: 100000010. Afrique du Sud 1902: 3000011. Irak 1980-1988: 10000012. Cambodge 1975: 2.00000013. Australie 1824: 10000»

Parmi les nombreuses observations qu'appelle un tel pensum, on notera son silence sur les «performances» du communisme, les Khmers rouges exceptés. Aucune mention, notamment, de la famine organisée en Ukraine sous Staline (6 à 8 millions de morts). Quant aux deux volets américains, ils surprennent tant par leur terminus a quo - 1492 (l'année de Colomb) pour le Nord et 1500 pour le Sud - que par l'absence de terminus ad quem, remplacé par trois points de suspension qui suggèrent que l' «extermination systématique de groupes humains, nationaux, ethniques ou religieux» (la définition «Larousse» du génocide) y est toujours pratiquée. Quant aux chiffres, ils sont tout simplement hyperboliques. La population indienne de l'Amérique latine, par exemple, n'atteignait pas les 14 millions évoqués au XVIe siècle. Et s'il est vrai qu'un effondrement démographique s'est produit après l'arrivée des Espagnols et des Portugais, il est attribué par la recherche moderne à des facteurs épidémiologiques beaucoup plus qu'aux mauvais traitements imposés par les colons.

Au cabinet du ministre, on confirme que ce travail a été réalisé, en s'aidant d'une encyclopédie, par l'Institut national des invalides de guerre et la Direction générale Image et Public Relations, organismes dépendant de la Défense. Le responsable étant «en mission», nous n'avons pas pu l'interroger.

Mais nul doute qu'après le retour d'Afrique de nos Excellences, cela va «débriefer» ferme...

© La Libre Belgique 2004


Les États-Unis savaient... Les services de renseignements américains avaient très vite identifié, au sein de l'armée rwandaise, les auteurs de l'attaque contre le président Juvénal Habyarimana, à l'origine du génocide de 1994, selon des documents officiels déclassifiés par un organisme non gouvernemental américain.Un rapport de la CIA (services américains de renseignements) remis à de hauts responsables américains «au deuxième jour de la crise identifiait la Garde présidentielle, des gendarmes et des militaires comme les meurtriers de plusieurs responsables gouvernementaux», a affirmé William Ferroggiaro, un chercheur des Archives de sécurité nationale (NSA), organisme de recherche basé à Washington, dans un communiqué publié jeudi. Les Nations unies et d'autres représentants officiels alors en poste au Rwanda «pensent que si nous avions agi à ce stade, nous aurions peut-être pu arrêter les tueries avant qu'elles ne s'étendent», écrit la NSA. Les massacres de 1994 au Rwanda ont fait près d'un million de morts parmi les Tutsis et les opposants hutus. (AFP)