La fausse agression antisémite du RER? «Regrettable»

"Regrettable." Le président Chirac a qualifié mercredi de «regrettable» la rocambolesque affaire de l'agression antisémite du RER D qui, depuis dimanche, suscitait dans tout le pays un tombereau de réactions indignées mais, mardi, s'est révélée inventée de toutes pièces par sa principale protagoniste. «Mauvais climat»

B.DL., à Paris

«Regrettable.» Le président Chirac a qualifié mercredi de la rocambolesque affaire de l'agression antisémite du RER D qui, depuis dimanche, suscitait dans tout le pays un tombereau de réactions indignées mais, mardi, s'est révélée inventée de toutes pièces par sa principale protagoniste.

«Mauvais climat»

«Il y a manipulation», s'est indigné le chef de l'Etat. Qui a promis que l'auteur de cette manipulation serait «sanctionné avec toute la vigueur de la loi»-celle-ci punit la dénonciation de délit imaginaire d'une peine pouvant aller jusqu'à six mois de prison et 7500 euros d'amende. Le locataire de l'Elysée a mis la supercherie sur le compte du «mauvais climat» intercommunautaire régnant depuis quelques années en France. Ce climat se manifeste notamment par la multiplication des actes racistes et antisémites -que le chef d'Etat a une nouvelle fois jugés «inacceptables». Jacques Chirac a précisé ne pas regretter d'avoir condamné si rapidement la prétendue agression. Depuis que l'affaire a été élucidée, cependant, de nombreuses voix s'élèvent pour critiquer la manière dont elle a été gérée par la classe politique, au plus haut niveau de l'Etat singulièrement. Alors que la presse de gauche ironise sur un Président «piégé» par son «mode de gouvernement entièrement centré sur l'émotion» et la «démagogie compassionnelle», l'opposition socialiste monte au créneau. L'ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant a estimé que le chef de l'Etat «aurait mieux fait de se renseigner» sur l'avancement de l'enquête avant de réagir. «Nous sommes en droit de poser la question de savoir pourquoi on n'a pas pris le temps de tout vérifier», a renchéri le porte-parole du PS, Julien Dray. «L'antisémitisme est suffisamment grave pour que ça s'explique, mais il ne faut pas que ça entraîne (...) la parole d'un membre du gouvernement qui rentre dans les enquêtes et dans les instructions», a commenté l'ex-Garde des Sceaux Marylise Lebranchu, selon qui «il faut faire attention: on commence à mélanger les genres et les rôles». Le PS considère que la secrétaire d'Etat aux Droits des victimes Nicole Guedj, une proche du chef de l'Etat, a commis une «faute grave» en manquant de discernement dans ce dossier. Dans les rangs de l'UMP également, on a dénoncé l' «hystérie médiatique» doublée d'une «hystérie politique» ayant entouré cette affaire.

Une réalité indéniable

Dans les milieux associatifs, l'émoi n'est pas moindre. Les associations juives craignent que cette supercherie ne vienne faire douter l'opinion de la réalité -pourtant indéniable- de la recrudescence de l'antisémitisme. Les autorités musulmanes jugent l'incident révélateur de «l'islamophobie ambiante». Les associations de défense des droits de l'homme et/ou des immigrés se scandalisent que les minorités maghrébine et noire ainsi que les populations des banlieues aient été injustement montrées du doigt et dès lors transformées à leurs yeux en «boucs émissaires».

© La Libre Belgique 2004