La déstabilisation menace le pays

Alors que Beyrouth traverse une zone de turbulence des plus agitées depuis la fin de la guerre en 1990, la tentative d'assassinat, vendredi, d'un ministre proche du leader druze d'opposition Walid Joumblatt n'a fait que renforcer les risques de déstabilisation du pays du Cèdre.

ÉMILIE SUEUR
La déstabilisation menace le pays
©AP

CORRESPONDANTE À BEYROUTH

Alors que Beyrouth traverse une zone de turbulence des plus agitées depuis la fin de la guerre en 1990, la tentative d'assassinat, vendredi, d'un ministre proche du leader druze d'opposition Walid Joumblatt n'a fait que renforcer les risques de déstabilisation du pays du Cèdre. Un risque que les dirigeants libanais s'emploient néanmoins à circonscrire en multipliant les appels au calme.

Un message. Ainsi doit être appréhendé, selon la plupart des analystes libanais, l'attentat à la voiture piégée perpétré contre Marwan Hamadé, ministre démissionnaire de l'Economie et proche collaborateur de Walid Joumblatt. Fer de lance de l'opposition au pouvoir, le leader druze avait fermement dénoncé la reconduction du président Lahoud «imposée» par Damas, véritable «faiseur de rois» au Liban. Beaucoup voient, dès lors, derrière la tentative d'assassinat, la main syrienne et nombreux sont ceux qui ont dénoncé une volonté de s'en prendre à la paix civile libanaise dans un contexte de crise politique.

Malgré les craintes de débordements, la montagne druze était plutôt calme ce week-end, même si les drapeaux du Parti socialistes progressiste de Joumblatt étaient partout exhibés. Lors des funérailles samedi du garde du corps de Marwan Hamadé, tué lors de l'attentat, Walid Joumblatt s'est employé à calmer les esprits: «Préserver l'unité nationale est essentiel et nous en sortirons grandis», a souligné le leader druze.

Il n'a pas pour autant modifié sa position et a exhorté ses partisans à poursuivre «une résistance qui s'annonce longue, mais pacifique» et à corriger «l'erreur de la prorogation». Fin août, les députés libanais, sous forte pression syrienne et malgré les contestations internationales, avaient prorogé de trois ans le mandat présidentiel. Joumblatt, a en outre appelé à une «relation claire, correcte et saine avec la Syrie, loin des trompettes des mercenaires qui, du nord au sud, ont sali les relations bilatérales historiques afin de satisfaire un groupe de profiteurs».

Rapport mal accueilli

«Je ne pense pas qu'il y ait un réel risque d'explosion», soulignait de son côté Joseph Bahout, analyste politique libanais. «Quinze ans de guerre ont changé la donne et le contexte international est différent aujourd'hui.» Un contexte que Walid Joumblatt a mis en exergue, soulignant que «le monde entier» avait les yeux tournés vers le Liban.

L'attentat contre Hamadé est en outre intervenu le jour même de la remise du rapport du secrétaire général de l'Onu faisant suite à l'adoption, le 2 septembre, de la résolution 1559 appelant la Syrie, sans la nommer, à respecter la souveraineté libanaise et à retirer ses troupes du territoire libanais. Le rapport met précisément Damas à l'amende sur ce dernier point.

Kofi Annan a ainsi souligné que, si la Syrie avait annoncé le redéploiement de 3 000 de ces soldats du Liban, rien ne prouvait que ces troupes avaient effectivement quitté le territoire libanais. «A part la Finul (force intérimaire de l'Onu au Liban), les seules forces étrangères significatives déployées au Liban à la date du 30 septembre 2004 sont syriennes», peut-on lire dans le texte onusien qui regrette en outre que Damas n'ait pu fournir un calendrier de retrait.

La Syrie a rejeté les conclusions de ce rapport, tandis que le ministre libanais des Affaires étrangères Jean Obeid l'a jugé dimanche «extrémiste et exagéré». Des propos qui contrastent avec ceux du vice-Premier ministre Issam Farès qui l'a estimé «pas mauvais», présentant «les choses telles qu'elles sont».

© La Libre Belgique 2004