Quand John Kerry jouait du rock dans «The Electras»

Ce disque était appelé à rester à jamais dans les oubliettes de l'histoire. Qui a jamais entendu parler de «The Electras» ? Et quelle saveur particulière trouver à cet album éponyme dont le rock'n'roll maladroit rappelle quantité d'autres créations du début des années 1960?

Olivier Mouton

Ce disque était appelé à rester à jamais dans les oubliettes de l'histoire. Qui a jamais entendu parler de «The Electras» ? Et quelle saveur particulière trouver à cet album éponyme dont le rock'n'roll maladroit rappelle quantité d'autres créations du début des années 1960? Pourtant, cet opus de trente-trois petites minutes vient d'être réédité en CD. Un rapide coup d'oeil sur le site d'e-Bay indique qu'il se vend autour de la somme «industrielle» de 15 $.

La raison de cette redécouverte soudaine est simple: le bassiste de «The Electras», un grand dadais d'une vingtaine d'années, n'était autre que John Kerry. «Nous faisions beaucoup de bruit, se souvient-il en évoquant cette période devant les médias américains. C'était une époque formidable. On ne peut pas dire que les fans nous arrachaient nos vêtements, mais nous nous amusions beaucoup.» C'est la première fois qu'un candidat se revendique d'un tel passé musical dans le rock'n'roll. L'ancien président démocrate Bill Clinton, lui, était saxophoniste.

«Draguer les filles»

«The Electras» était l'un de ces nombreux groupes de collégiens créés sur la côte Est dans la foulée de la révolution rock initiée par Elvis Presley, Eddie Cochran, Fats Domino et tous les autres. Certains ont laissé des traces et sont devenus objet de culte auprès des spécialistes. Tel n'est point le cas de la bande à John Kerry, née au départ de la St Paul School dans le New Hampshire, dont le nom est inspiré d'un modèle luxueux de Buick. Une écoute de l'album suffit pour comprendre qu'il n'y avait pas, dans leurs créations, la moindre touche de génie. Et si 500 exemplaires de ce vinyle ont pu être pressés, c'est grâce à la cotisation de 250 $ ramenée par chaque musicien. «Tout est parti d'une idée très simple, raconte Andrew Gagarin, co-fondateur de la formation et joueur de maracas. L'idée générale était de rencontrer davantage de nanas. A cette époque, la vie ne valait pas vraiment la peine d'être vécue sans une petite amie.» Nous sommes en 1961. John Kerry est davantage connu pour ses talents de patineur à glace et, déjà, pour son ambition politique. «Tout le monde savait déjà qu'il voulait être président des Etats-Unis», ironise Gagarin. Mais le futur sénateur vient d'acheter une basse. Alors... John Kerry concède lui-même qu'il n'était pas très doué. Pas besoin d'une virtuosité folle, il est vrai, pour accompagner ce groupe se concentrant sur les instrumentaux... parce que tous ses membres chantent plutôt mal. Outre l'album, un concert «exceptionnel» de «The Electras» a été enregistré. La bande sonore existe toujours. On y découvrirait l'extraordinaire talent de John Kerry pour... le larsen. Les historiens se divisent encore sur le fait de savoir s'il figure parmi les premiers inventeurs de ce procédé très rock ou s'il avait plutôt tendance à oublier les subtilités de la technique. Nul ne sait si John Kerry deviendra président des Etats-Unis. Par contre, on sait déjà que les treize membres de «The Electras», qui a définitivement explosé en 1963, se retrouveront pour fêter le 45e anniversaire en janvier 2005.

© La Libre Belgique 2004