Le Raïs dans un état stable

Selon les médecins français, l'état de santé de Yasser Arafat ne s'est «pas aggravé». Quant aux responsables palestiniens, ils démentent qu'il soit cérébralement mort. La plus grande incertitude n'en demeure pas moins sur son sort. Revivez la semaine en images

BERNARD DELATTRE
Le Raïs dans un état stable
©EPA

CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

Vingt secondes. Vendredi soir, rassasiant très imparfaitement la soif d'informations des centaines de journalistes du monde entier massés depuis des heures devant son établissement, le médecin-chef de l'hôpital militaire de Clamart (banlieue parisienne) a, en vingt secondes, relancé les spéculations sur l'état de santé réel de Yasser Arafat. Il a décrit le président de l'Autorité palestinienne - donné depuis jeudi soir pour «cérébralement mort» et plongé dans un coma irréversible par des sources médicales françaises anonymes - comme étant dans un état «stable», qui ne se serait «pas aggravé» depuis la veille.

Dès l'entame de la journée, les responsables palestiniens avaient pareillement démenti le décès de leur leader. «Yasser Arafat est sûrement à un moment très critique, entre la vie et la mort», avait ainsi commenté la déléguée générale de la Palestine en France, Leïla Chahid, qui avait réfuté «catégoriquement» la mort cérébrale du célèbre patient de Clamart. A l'en croire, Yasser Arafat est certes plongé dans le coma, mais on ignore de quel type est ce coma et il est en tout état de cause «réversible». Ses «fonctions vitales» sont «vivantes» et son «état cérébral» est «normal». Les confidences d' «un obscur médecin, dont personne ne connaît l'origine» relèvent d'une entreprise de «désinformation» orchestrée par les autorités israéliennes.

Trois scénarios circulent

Dans la foulée, comme leurs collègues de Ramallah la veille, d'autres officiels palestiniens présents à Paris avaient également dédramatisé la situation vendredi. Ainsi, Abou Roudeina, un des principaux conseillers d'Arafat, avait même assuré que son patron n'était «ni inconscient, ni dans le coma» (lire ci-dessous).

Mais cette version des faits est mise en doute, à nouveau par des sources médicales françaises s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Elles épinglent notamment une contradiction fondamentale dans le discours de Leïla Chahid, qui à la fois avance que la nature du coma supposé de Yasser Arafat est indéterminée mais présente ce coma comme «réversible».

Les autorités françaises, pour leur part, campent prudemment sur leur position. Vendredi matin à Bruxelles, le président Chirac a refusé d'épiloguer sur l'état de santé du Président palestinien et a encore moins endossé la version de sa mort cérébrale présumée. Et, à la mi-journée, la ministre de la Défense Alliot-Marie a confirmé que le diagnostic des médecins militaires français demeurait inchangé depuis jeudi soir.

Vendredi soir à Paris, la plus grande incertitude n'en demeurait pas moins tant sur l'état de santé réel du Raïs que sur la suite des événements. Jusqu'à vendredi matin, l'analyse qui revenait le plus souvent présentait les autorités palestiniennes comme très soucieuses de retarder au maximum l'officialisation du décès de Yasser Arafat, le temps que ses funérailles et sa succession puissent être organisées. Mais la tonalité des interventions de vendredi a fait penser, au contraire, que les Palestiniens refusaient d'enclencher ces deux processus tant que demeurait l'espoir - fût-il le plus ténu - d'un rétablissement du Raïs. Un troisième scénario continue cependant à circuler. Il envisage un retour prochain en Cisjordanie, à bord d'un avion médicalisé français, d'un Yasser Arafat même comateux. Ce qui permettrait des funérailles rapides, et donc conformes au rite musulman, dès son décès survenu.

© La Libre Belgique 2004

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