L'affaire Barrot empoisonne les débuts de la Commission Barroso

Les démêlés judiciaires passés du commissaire européen Jacques Barrot, révélés la semaine dernière par un eurodéputé britannique, ont empoisonné la prise de fonction de la Commission de José Manuel Barroso, déjà entâchée par l'affaire Buttiglione.

Belga
L'affaire Barrot empoisonne les débuts de la Commission Barroso
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Les démêlés judiciaires passés du commissaire européen Jacques Barrot, révélés la semaine dernière par un eurodéputé britannique, ont empoisonné la prise de fonction de la Commission de José Manuel Barroso, déjà entâchée par l'affaire Buttiglione.

Condamné en 1999 pour financement illicite de parti politique, M. Barrot a été amnistié en vertu d'une loi française de 1995, qui interdit en outre d'évoquer publiquement les faits incriminés.

M. Barrot n'en a pas informé l'ancien président de la Commission, Romano Prodi, quand il a remplacé Michel Barnier en avril dernier. Il n'en à pas davantage parlé au président de la nouvelle Commission.

C'est l'eurodéputé britannique Nigel Farage (UKIP, eurosceptique) qui a exhumé l'affaire la semaine dernière devant le Parlement, réuni en séance plénière à Strasbourg, au milieu d'une tirade anti-européenne.

Les chefs des groupes politiques ont rapidement condamné les accusations, mais sont revenus sur leurs propos, notamment après que le quotidien Financial Times les eut reprises à son compte.

Ainsi, le libéral Graham Watson, qui avait traité M. Farage de «hooligan » la semaine dernière, a exigé lundi que M. Barrot soit déchargé de ses fonctions, l'accusant d'avoir dissimulé son passé de façon «inacceptable ».

La nouvelle porte-parole de la Commission, Françoise Le Bail, a été soumise à un feu roulé de questions sur l' »affaire Barrot », qui a fait les titres de la presse européenne du week-end.

«Il aurait été préférable d'avoir cette discussion avant l'investiture de la Commission » par le Parlement, a-t-elle admis, tout en réaffirmant le soutien de M. Barroso au commissaire français.

«Les faits n'existent plus » au regard du droit français et «personne n'a juridiquement le droit d'en parler », a-t-elle ajouté.

Toutefois «l'affaire est dans le domaine public et, bien évidemment, les journalistes, ainsi que M. Barrot lui-même, en parlent », a-t-elle nuancé.

Elle a refusé de s'exprimer sur les conséquences politiques de l'affaire, ainsi que sur ses ressemblances avec le cas d'Ingrida Udre. Soupçonnée -mais pas condamnée- pour des faits similaires, la Lettone avait été contrainte de quitter l'équipe Barroso.

La nouvelle Commission européenne a pris ses fonctions lundi, avec près d'un mois de retard sur le calendrier prévu.

Menacé d'un échec, José Manuel Barroso avait été forcé de retarder le vote d'investiture et de remodeler son équipe, sacrifiant Ingrida Udre et l'Italien Rocco Buttiglione.

Avec le cas Barrot, le portugais ne semble pas au bout de ses peines au Parlement. Pour calmer les ardeurs des eurodéputés, le Français s'est dit prêt à leur apporter «toute clarification complémentaire » et a affirmé «être en mesure » d'assurer ses fonctions «en parfaite honnêteté et en toute transparence ».

«Je n'avais rien à dissimuler et je n'ai absolument pas cherché à dissimuler quoi que ce soit à un Parlement européen que je respecte profondément », a-t-il assuré dans une lettre au président de l'assemblée, Josep Borrel.