L'Europe hausse le ton

Chose promise, chose due. Mercredi, devant un parterre de journalistes, le nouveau président de la Commission a indiqué qu'il entendait «dire haut, clair et fort aux autorités russes (sa) façon de penser» dès aujourd'hui lors du sommet entre l'Union européenne et la Russie à La Haye.

Martin Buxant

Chose promise, chose due. Mercredi, devant un parterre de journalistes, le nouveau président de la Commission a indiqué qu'il entendait «dire haut, clair et fort aux autorités russes (sa) façon de penser» dès aujourd'hui lors du sommet entre l'Union européenne et la Russie à La Haye. Déclaration coup de poing en forme de télégramme à destination d'officiels russes peu avares de déclarations incendiaires ces derniers jours. Duro Barroso a néanmoins expliqué avoir «lancé un dialogue franc et constructif» avec Vladimir Poutine.

Assurant «représenter le sentiment général de toutes les institutions européennes et des Etats membres», José Manuel Barroso a demandé «une révision complète et objective du processus électoral et des résultats électoraux» en Ukraine. Sinon? «Bien entendu, il y aura des conséquences! Des conséquences générales en terme de politique voisinage», a-t-il dit, refusant «à ce stade» de se montrer plus précis.

«Une chose est claire pour nous tous», lâche le Haut représentant de l'Union pour la politique extérieure, Javier Solana, venu s'exprimer mercredi matin devant les eurodéputés, «le vote a été truqué, le dépouillement n'a pas été correct. Il y avait parfois 100pc de suffrages qui allaient à un seul candidat, ce qui est étonnant...» L'ambiance est électrique, les europarlementaires sont chauffés à blanc. «Moi je suis revenue (d'Ukraine) consternée», lance l'eurodéputée polonaise Staniszewska, qui fut observatrice des élections. «Pendant que nous attendons, le sang va peut-être couler. Des centaines de milliers de personnes sont arrivées à Kiev et se retrouveront bientôt face aux brigades antiémeutes du président Koutchma», s'enflamme- t-elle.

Émissaire néerlandais

La présidence néerlandaise de l'Union a indiqué, mercredi soir, avoir envoyé «un émissaire spécial» à Kiev: Niek Biegman, ancien ambassadeur néerlandais à l'Onu et à l'Otan.

Mais les europarlementaires entendent (re)partir également. Dans les starting-blocks, Jerzy Buzek, l'ancien Premier ministre polonais désormais eurodéputé, qui revient de Kiev. Il veut y retourner accompagné d'autres députés européens. «Que Poutine cesse de s'ingérer dans les affaires ukrainiennes!», tranche la libérale Staniszewska, alors que Thijs Berman, travailliste néerlandais, également de retour de Kiev, apostrophe l'ambassadeur ukrainien sous les applaudissements: le résultat des élections «n'est pas crédible Monsieur l'ambassadeur! Et n'attendez pas que nous restions là les bras croisés. Si Ianoukovitch se maintient au pouvoir, nous devons penser à des sanctions intelligentes contre le club des oligarques». Le Vert allemand, Milan Horacek, propose des «restrictions de visa». «J'étais à Prague, j'ai vu qu'il était possible de changer les choses en descendant dans la rue.»

«Ne lâchez rien!»

Mais l'ambassadeur ukrainien maintient le cap. «La poursuite des troubles n'est dans l'intérêt de personne», convient-il. Et «l'Union doit maintenant reconnaître nos aspirations européennes». Comme un écho, Barroso confirmera un peu plus tard «qu'il y a une place dans la famille européenne pour une Ukraine démocratique. Nous regrettons grandement que ces élections n'aient pas été l'occasion» d'avancer en ce sens...

Retour au Parlement où l'Espagnol Solana calme le jeu. «J'ai des doutes sur la proposition Buzek et l'envoi d'une délégation, reprend-il. Le moment est-il bien choisi? Que pourrait faire une délégation face à une telle ébullition?» Mais même l'Allemand Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères, monte au créneau: «Il faut agir le plus rapidement possible, il nous faut contribuer à l'apaisement de la situation et garantir la paix à l'intérieur de ce pays.»

Solana joue la montre. «Nous avons deux problèmes, synthétise-t-il, d'abord les résultats de la procédure électorale: nous ne pouvons pas accepter un résultat frauduleux, ceci est clair. Ensuite la division profonde de l'Ukraine. Comment combler cette fracture? L'Ukraine est l'un des acteurs essentiels de la stabilité de notre continent.»

«J'ai vu des choses incroyables et très éloignées des standards démocratiques», témoigne Jerzy Buzek. Il exhorte les Ukrainiens «à ne rien lâcher: nous sommes avec vous», dit-il. «C'est une véritable révolution populaire qui est en cours», souffle encore MmeStaniszewska.

Cohue, Javier Solana sort au pas de charge pour «maintenir le contact téléphonique avec toutes les parties». Ensuite, direction La Haye: «Oui, la présence de Poutine est maintenue au sommet UE - Russie. C'est souvent comme ça avec Poutine», soupire un proche du Haut représentant. «Il fait des déclarations incendiaires puis enclenche la marche arrière...»

© La Libre Belgique 2004