Un enjeu géostratégique majeur pour Washington

L’avenir de l’Ukraine, deuxième puissance de l’ex-URSS après la Russie, représente pour les Etats-Unis un enjeu géostratégique majeur dans l’évolution d’un monde post-soviétique dont ils souhaitent qu’il rejoigne à terme la communauté occidentale.

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Un enjeu géostratégique majeur pour Washington
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L’avenir de l’Ukraine, deuxième puissance de l’ex-URSS après la Russie, représente pour les Etats-Unis un enjeu géostratégique majeur dans l’évolution d’un monde post-soviétique dont ils souhaitent qu’il rejoigne à terme la communauté occidentale.

En même temps, les soubresauts de l’Ukraine, confronté à un scénario à la yougoslave - si l’élection présidentielle controversée de dimanche débouchait sur une explosion de violence - inquiètent Washington. Les Etats-Unis ne veulent pas d’un nouveau foyer de tension dans un monde déjà soumis à la menace terroriste globale et à un Irak qui reste à pacifier.

«L’Ukraine est à une période charnière. C’est un pays doté d’une base industrielle significative et qui se trouve à la frontière entre la Russie d’un côté, l’Otan et l’Union européenne de l’autre. Il serait irresponsable pour nous de ne pas être inquiets et impliqués », confie un responsable du département d’Etat sous couvert d’anonymat.

«Nous considérons l’Ukraine comme un élément dominant de la stabilité dans l’ex-Union Soviétique. L’instabilité dans cette région créerait une situation à côté de laquelle la crise des Balkans n’est rien », renchérit un autre responsable.

Washington observe l’Ukraine de très près depuis le milieu des années 90 quand, sous l’ex-président Bill Clinton, les Etats-Unis avaient réussi à dénucléariser ce vaste pays de plus de 600.000 km2 et de plus de 48 millions d’habitants.

«Entre 1995 et 1999, l’Ukraine était devenue le 3e récipiendaire de l’aide extérieure américaine, et les Etats-Unis ont tissé avec Kiev des liens très étroits », rappelle Taras Kuzio, professeur à l’université George Washington.

Une charte de partenariat spécifique entre l’Otan et l’Ukraine a été signée en 1997, sous l’impulsion de Washington, reconnaissant à Kiev un statut particulier parmi les Etats d’Europe centrale et orientale et l’importance pour l’Europe d’une Ukraine démocratique et stable.

«Le succès de l’Ukraine fera d’elle l’une des nations dirigeantes de l’Europe, ce sera un exemple pour la Russie dans une Europe élargie à l’Ukraine et la Turquie dans les 25-30 années », prédisait en mai l’ex-conseiller pour la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski.

Dans l’immédiat, la crise ukrainienne oblige les Etats-Unis à un exercice difficile: critiquer un gouvernement qui les soutient en Irak avec 1.600 militaires. Mercredi, le secrétaire d’Etat Colin Powell, sans parler de sanctions, a dénoncé un scrutin «ne correspondant pas aux normes internationales ».

Mais au-delà du conflit sur l’élection, c’est le désir de voir l’Ukraine rejoindre en douceur le camp occidental en s’affranchissant peu à peu de la tutelle russe qui semble compter pour Washington. Depuis plusieurs années maintenant, les Etats-Unis appliquent méthodiquement cette stratégie dans toute la région, en créant des bases militaires et de multiples partenariats.

Leur plus grand motif de satisfaction est «la révolution de la rose » qui a mené au pouvoir en Géorgie en 2003 sans violences le jeune Mikhaïl Saakachvili, formé à Washington. Les Etats-Unis ont aussi réussi à intégrer en douceur dans l’Otan trois république baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) et établi des liens durables avec l’ex-Asie centrale soviétique, notamment l’Ouzbékistan, Etat de loin le plus important des cinq de la région.

Cette montée de l’influence américaine aux portes de la Russie nécessite du doigté pour ne pas irriter outre mesure le président russe Vladimir Poutine, dont les relations personnelles avec George W. Bush sont jugées bonnes depuis l’engagement russe à combattre le terrorisme, leitmotiv du président américain.

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