La Turquie dit «non» à une adhésion à tout prix

A la veille d’un sommet européen qui devrait se décider en faveur de l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie -mais à des conditions très strictes-, les dirigeants turcs ont monté le ton en déclarant qu’une intégration à l’Union Européenne ne se fera pas à tout prix.

La Turquie dit «non» à une adhésion à tout prix
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AFP

A la veille d’un sommet européen qui devrait se décider en faveur de l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie -mais à des conditions très strictes-, les dirigeants turcs ont monté le ton en déclarant qu’une intégration à l’Union Européenne ne se fera pas à tout prix.

«La Turquie n’hésitera pas à dire non » si l’UE lui offrait lors du sommet de Bruxelles une autre alternative qu’une perspective d’adhésion pleine à l’Union, a dit le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à des diplomates européens, à indiqué mercredi l’un de ses conseillers.

M. Erdogan, qui a reçu mardi les ambassadeurs des pays de l’UE en poste à Ankara pour un déjeuner, leur a clairement fait savoir que l’idée d’un «partenariat privilégié », prôné par des pays méfiants vis-à-vis d’une adhésion de la Turquie, pays musulman de plus de 70 millions d’habitants, ne sera absolument pas acceptée.

«La Turquie n’hésitera pas à dire non à l’UE si des conditions inacceptables lui étaient imposées » lors du sommet jeudi et vendredi à Bruxelles, a déclaré M. Erdogan, a précisé son proche conseiller à l’AFP sous couvert d’anonymat.

Interrogé si ce «non » pourrait signifier un retrait de la candidature turque à l’UE, ce conseiller s’est voulu prudent, sans toutefois complètement exclure une telle option.

Le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gul est revenu à la charge en disant que la Turquie avait accompli les efforts attendus d’elle pour intégrer l’UE, mais que cette adhésion ne se ferait pas à tout prix.

«Nous ne dirons pas oui à tout prix. Nous l’avons fait savoir à l’UE », a-t-il dit dans un entretien au journal libéral Milliyet. Il a réitéré que son pays rejetterait «un processus ouvert » qui serait assorti de «dérogations ».

Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, dont le pays préside l’Union européenne, a déclaré mercredi qu’un feu vert sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie semblait probable au Conseil européen de jeudi et vendredi. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE devraient accompagner leur décision de conditions strictes.

Ils devraient souligner que les discussions seront longues et reprendre à leur compte la recommandation du 6 octobre de la Commission européenne en faveur d’un «processus ouvert dont le résultat ne peut être garanti avant terme ».

Une source proche de la présidence néerlandaise de l’UE a dit mercredi que l’Union attendait un engagement de la Turquie à la reconnaissance de facto de la République de Chypre.

Les dirigeants turcs ont déjà annoncé que les négociations d’Ankara avec les 25 devaient avoir pour but ultime une adhésion à part entière de la Turquie.

Avant de prendre l’avion pour Bruxelles, M. Gul a répété devant la presse que des clauses spéciales dites «de sauvegarde permanente » qui seraient imposées à long terme à Ankara, sont à proscrire.

«Ce serait violer la loi européenne », a-t-il affirmé et réitéré son souhait de l’amorce des pourparlers avec l’Union dans le courant de 2005.

Les analystes turcs s’accordaint à penser que l’UE pâtirait d’une décision qui ne soulignerait pas clairement la perspective, même lointaine, d’une adhésion à part entière d’Ankara au club européen.

«Evidemment que la Turquie dispose toujours de la possibilité de claquer la porte » à l’UE, en cas d’une décision défavorable à son égard, a commenté Cengiz Aktar, un spécialiste en affaires européennes et un farouche partisan de l’intégration turque aux valeurs européennes.

Il a estimé que c’est grâce à ce «chantage » d’Ankara que «les choses ont évolué en sa faveur ces derniers jours » dans les capitales européennes.

«Si les mesures permanentes prônées par certains pays étaient acceptées, cela ne signifierait qu’une adhésion de seconde classe pour la Turquie » a-t-il ajouté, confiant cependant qu’une voie médiane serait trouvée lors du sommet.

M. Erdogan devait quitter Ankara dans l’après-midi pour Bruxelles avec une importante délégation de diplomates, conseillers et journalistes.

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