Les médicaments génériques en danger

On ne dit pas assez combien l'Inde est devenue un acteur majeur de la lutte contre les pandémies. Son industrie pharmaceutique - privée - produit des médicaments génériques performants, exportés vers les pays les plus pauvres, en Afrique surtout. Un apport indispensable: sur les 700000 malades du sida traités par antirétroviraux, la moitié le sont avec des génériques indiens.

O.M.

On ne dit pas assez combien l'Inde est devenue un acteur majeur de la lutte contre les pandémies.

Son industrie pharmaceutique - privée - produit des médicaments génériques performants, exportés vers les pays les plus pauvres, en Afrique surtout. Un apport indispensable: sur les 700000 malades du sida traités par antirétroviraux, la moitié le sont avec des génériques indiens. A un coût réduit: les prix sont dix fois plus bas depuis leur mise à disposition massive, en 2001.L'ONG Médecins sans frontières tire toutefois la sonnette d'alarme. «La transposition dans la loi indienne de l'accord sur la propriété intellectuelle conclu en 1995 au sein de l'Organisation mondiale du commerce va modifier la donne et rendre les exportations plus aléatoires», explique Hélène Lorinquer, conseillère pour la campagne de MSF sur l'accès aux médicaments. Cet accord est un garde-fou protégeant les brevets. S'il s'avère indispensable dans certains cas, il comporte de réels dangers. En matière de santé, les acteurs de terrain ont rapidement mis en garde contre la nécessité de préserver l'arrivée de médicaments génériques à bon marché dans les pays pauvres. Un accord complémentaire a été conclu avant le sommet de Cancun pendant l'été 2003. Il permet aux pays producteurs de génériques d'exporter vers les pays dans le besoin. Mais à certaines conditions.

«On retrouve les termes de cet accord dans les projets de textes en discussion au Parlement indien, prolonge Hélène Lorinquer. Toute décision sera nettement plus compliquée, avec une batterie d'autorisations et d'informations indispensables. Cela ouvre la porte aux pressions politiques en tous genres. Et cela risque de décourager l'industrie pharmaceutique.» L'Inde, dit MSF, doit veiller à ce que sa législation reste la plus flexible possible. Au nom de l'humanité.

© La Libre Belgique 2005