«On ne réalise pas encore»

Franciszek Macharski surplombe une foule immense, compacte, unie dans la communion au sanctuaire de la Divine Miséricorde. Un Mickey, un tigre, un poisson gonflés à l'hélium émergent, au bout de fils tenus par d'invisibles enfants. Aux pieds d'une Vierge, un petit s'amuse à souffler toutes les bougies, avant que son père ne l'arrache à son occupation.

SABINE VERHEST

ENVOYÉE SPÉCIALE À CRACOVIE

Franciszek Macharski surplombe une foule immense, compacte, unie dans la communion au sanctuaire de la Divine Miséricorde. Un Mickey, un tigre, un poisson gonflés à l'hélium émergent, au bout de fils tenus par d'invisibles enfants. Aux pieds d'une Vierge, un petit s'amuse à souffler toutes les bougies, avant que son père ne l'arrache à son occupation.

En ce dimanche après-midi, à Lagiewniki, le cardinal de Cracovie célèbre la messe en plein air devant des dizaines de milliers de personnes. En l'honneur du Pape, et à la gloire de la Divine Miséricorde, dont «le message a toujours été précieux» pour le Saint-Père, disait-il lui-même.

Au pied de la tour de la basilique ultra-moderne que Jean-Paul II a consacrée en 2002, le cardinal Macharski rappelle cet attachement, ce lien, répété encore par le mourant trois jours avant sa disparition. «C'est un signe», assure un homme, «qu'il soit décédé la veille» du pèlerinage annuel de la Divine Miséricorde qu'il s'est évertué à promouvoir.

«Détruire le communisme»

Pour ce bel après-midi printanier, les Polonais ont sorti nourrissons et arrière-grands-parents, emporté jouets, sièges et pique-nique dans cette banlieue de Cracovie, où venait prier Karol Wojtyla, employé durant la guerre non loin de là, dans une usine de Solvay.

«Les gens sont arrivés de partout dans le monde», témoigne la soeur à l'accueil des pèlerins. D'Australie et des Etats-Unis, même. Si quelques yeux ont rougi, l'ambiance tient plus d'un pèlerinage comme les autres - presque d'une fête champêtre avec ses stands de hot dogs et de friandises - que d'une célébration d'adieu à l'être perdu. Peut-être parce que, comme le dit cette jeune femme, «on ne réalise pas encore».

Dans toute la Pologne, pourtant, on s'est recueilli hier. A Varsovie, ce sont quelque 100000 fidèles qui ont assisté à la messe en plein air, où le Pape avait en 1979 prié Dieu, à mots couverts, de libérer son pays. «C'est lui qui a aidé à détruire le communisme», affirme une vieille dame qui n'a rien oublié de l'époque. «Certains disent que son rôle n'a pas été si grand, mais il est évident que c'est lui qui a permis cette déconstruction, il nous a fait prendre conscience de notre force.» C'est lui, en effet, qui avait déclaré au monde, «n'ayez pas peur» , «ouvrez les frontières des Etats, les systèmes économiques et politiques».

«Tout ce qui est arrivé en Europe orientale durant ces dernières années n'aurait pas été possible sans la présence de ce pape», avait estimé l'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev en 1989.

Si Jean Paul II disait que «le communisme est tombé tout seul à cause de sa faiblesse immanente», personne ne semble le penser ici. En 1978, rappelle l'ex-président Lech Walesa, cité par l'Agence France-Presse, les Polonais vivaient «dans le marasme et dans la division. Un an plus tard, Jean-Paul II nous a rendu visite et ses paroles, prononcées alors, sont devenues réalité en août 1980», avec la création du syndicat Solidarité. Un an plus tard, l'électricien dissident sera reçu chaleureusement par le Pape qui, par ses voyages et son soutien au syndicat, aura contribué à la chute du communisme en Pologne.

Assis sur la pelouse avec sa famille sous le soleil de Lagiewniki, dimanche, un homme l'assure: il est «venu ici pour être avec le Pape» aujourd'hui. «Il est Polonais!», s'exclame-t-il, refusant de parler de lui au passé.

«Pour nous, c'est très important, il est une vraie autorité morale. Sans lui, nous serions encore communistes.»

© La Libre Belgique 2005

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