Benoît XVI décrié comme conservateur par la presse européenne

La presse européenne souligne très largement mercredi le conservatisme du nouveau pape allemand, Benoît XVI, et craint le maintien de la ligne de Jean Paul II, hostile aux réformes souhaitées par beaucoup de catholiques.

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La presse européenne souligne très largement mercredi le conservatisme du nouveau pape allemand, Benoît XVI, et craint le maintien de la ligne de Jean Paul II, hostile aux réformes souhaitées par beaucoup de catholiques.

La presse des pays du sud de l’Europe, majoritairement catholiques, - Espagne, Portugal et Italie - et celle de la France ne ménagent pas leurs critiques pour ce choix d’un pape allemand qui «montre de manière flagrante l’incapacité de prendre des risques et d’innover » de l’église catholique, selon le Diario de Noticias, principal journal portugais.

L’élection de Joseph Ratzinger constitue une victoire de ce que le théologien de la Libération Pere Casaldaliga appelle «l’aile droite du Saint-Esprit », écrit le quotidien de gauche El Periodico craigant que «des milliers de croyants du Tiers-Monde qui obéiront à la consigne selon laquelle Dieu interdit le préservatif vont continuer à mourir du Sida ».

En Italie, bien que taxé de «berger allemand » par le quotidien d’extrême gauche Il Manifesto, le reste de La presse est moins sévère et accorde quelques éloges au nouvel élu. Le quotidien du nord La Stampa titre sur le pape «intellectuel et théologien », souligne son «humour et sa rigueur » et prédit qu’il «surprendra ».

En France la presse titre sur un «conservateur au Vatican », un «Pape en arrière » ou encore «Benoît XVI, l’héritier » tandis qu’en Belgique pour le quotidien Le Soir affirme «c’est la déception pour les chrétiens progressistes... c’est la méfiance dans les communautés du Tiers monde... c’est la crainte pour les autres religions... c’est le soupçon chez les athées ».

Le quotidien populaire flamand Het Laatste Nieuws rappelle les prises de position du cardinal Ratzinger contre l’ordination de femmes, l’homosexualité ou encore le hard-rock, musique «diabolique » pour la jeunesse.

La presse suisse se montre également ouvertement déçue d’«un choix qui désole », selon titre en Une de La Tribune de Genève, le quotidien rappelant la déclaration «provocatrice » sur l’oecuménisme rédigée en août 2000 par le futur pape sur la primauté de l’Eglise catholique.

La presse britannique ne fait elle pas dans la dentelle. Deux grands quotidiens le Daily Mirror (gauche) et le Daily Telegraph (droite) titrent sur «le rottweiler de Dieu » et la plupart des journaux rappellent son passé dans les jeunesses hitlériennes.

Dans son propre pays, l’Allemagne, le nouveau pape ne reçoit pas que des louanges, la presse étant partagée entre fierté nationale et déception. Volontiers polémique, le Tageszeitung (gauche) est allé jusqu’à publier une «Une » entièrement noire, accompagnée du titre: «Joseph Ratzinger nouveau pape - OH MON DIEU! ».

Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservateur), «Que Ratzinger vienne d’Allemagne, le pays qui restera pour toujours dans l’histoire de l’Eglise comme celui de la Réforme, voilà qui a finalement joué non pas contre lui mais en sa faveur ». «Car Ratzinger, c’est la contre-Réforme en personne, pas celle du feu et du glaive, mais celle de la puissance de l’esprit: l’Eglise doit être unie, voilà le message de ce conclave ».

La presse autrichienne accueille avec circonspection l’élection de Benoît XVI, soulignant que le nouveau pape devrait faire preuve de plus de souplesse que le «Panzerkardinal » Josef Ratzinger, le quotidien Kurier (centre) déplorant que «son élection rapide marque le choix de la continuité plutôt que de la modernisation de l’Eglise que beaucoup souhaitaient ».

En Grèce, pays orthodoxe à 98%, la presse soulignait que l’élection avait été «accueillie avec scepticisme dans le monde orthodoxe ». La presse de Belgrade et celle de Moscou se font également l’écho de cette crainte.

«Le choix du conclave ne présage pas une résolution rapide des divergences entre le patriarcat de Moscou et le Vatican », écrit le quotidien de Moscou Gazeta dans un article intitulé «L’orthodoxie contre les orthodoxes ».

Pour Izvestia, le conclave a choisi un «pape de transition »: «le temps d’un (Mikhaïl) Gorbatchev au Vatican n’est pas venu », souligne le journal de Moscou.


L'ambassadeur de Belgique près le Saint-Siège, Benoît Cardon de Lichtbuer, a formulé mercredi l'espoir que le pape Benoît XVI poursuive les chantiers ouverts par son prédécesseur.

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