«Une pauvre m'a dit: «Restez!»

(AFP)

Le parcours de frère Roger est tout sauf banal. En 1940, en pleine guerre mondiale, Roger Schutz, jeune Suisse de 25 ans dont la mère est d'origine française, décide d'aller partager en France le sort de ce pays occupé. «De Genève, je suis parti à bicyclette pour la France, cherchant une maison où prier, où accueillir et où il y aurait un jour cette vie de communauté», raconte le diplômé de la faculté de théologie protestante de Lausanne. A la recherche d'un lieu d'implantation, frère Roger se rend à Taizé, village oublié de Bourgogne avec ses 200 habitants. Devant une maison, une vieille paysanne l'invite à partager son repas. «Au cours du déjeuner, cette femme me dit: «Achetez cette maison, restez ici, nous sommes si seuls, si isolés.» Je me suis déterminé pour Taizé parce que cette femme qui m'avait dit «Restez!» était pauvre. Or, dans la voix des pauvres, il importe toujours d'entendre la voix du Christ.» Entre 1942 et 1944, frère Roger et les siens, à cause de la guerre, s'expatrient en Suisse. Cinq ans après leur retour, sept frères prononcent en 1949 les voeux définitifs de célibat, communauté de biens et obéissance. La communauté de Taizé est née. Frère Roger, qui a reçu le prix Unesco de l'éducation pour la paix en 1988, a écrit de nombreux ouvrages de prières et de réflexion, invitant toujours les jeunes à la confiance et à l'engagement. «Il y a toujours eu ici (à Taizé) ce double appel. D'un côté la prière, la contemplation, et de l'autre la lutte intérieure et les responsabilités à prendre», expliquait-il.

© La Libre Belgique 2005