Disettes: il faut réveiller les donateurs

" L'aide fournie après le tsunami nous a ravis. Comment faire pour que le monde se préoccupe aussi des crises en Afrique?» Christiane Berthiaume, chargée de l'information au Programme alimentaire mondial (Pam, agence de l'Onu) à Genève, se tient la tête entre les mains.

Disettes: il faut réveiller les donateurs
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M.F.C.

L' aide fournie après le tsunami nous a ravis. Comment faire pour que le monde se préoccupe aussi des crises en Afrique?» Christiane Berthiaume, chargée de l'information au Programme alimentaire mondial (Pam, agence de l'Onu) à Genève, se tient la tête entre les mains.

La crise dégénère

Les deux principales crises en cours sur le continent noir sont exemplatives. La plus grave d'abord: le Niger, où il existe des poches de famine, avec 180000 enfants menacés de mort et 2,6 millions de personnes qui ont besoin d'une aide alimentaire. En cause: la sécheresse, qui a fortement grevé les récoltes dans le 3e

pays le plus pauvre du monde, et une invasion de criquets, qui les a dévastées. «C'est l'exemple type de la crise qui dégénère parce qu'on agit trop tard», commente Christiane Berthiaume.

Le Pam avait pourtant donné l'alarme en novembre 2004, en relayant l'appel du gouvernement de Niamey pour une aide alimentaire d'urgence. En février 2005, le Pam lance un appel de fonds pour 400000 personnes, soit 2,9 millions de dollars. «Ce n'était pas une fortune!», commente Mme Berthiaume, «mais nous n'avons rien reçu avant mai - encore ces réponses étaient-elles très timides». Six autres appels suivront jusqu'au 1er août: on en est alors à 57 millions de dollars pour 4,6 millions de personnes. Car, entre-temps, les prix de la nourriture, dans la région, ont monté en flèche; et puis il faut maintenant donner et non plus seulement vendre à bas prix.

Sur ces 57 millions, cependant, le Pam n'en a reçu que 28 (surtout depuis juillet, après la diffision d'images de la famine par la BBC), soit moins de la moitié, «alors qu'il faut agir maintenant si l'on veut éviter un drame à la période de soudure...», dit Mme Berthiaume.

Faim et sida

Autre crise en cours: quelque 8,5 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire dans divers pays d'Afrique australe, en raison de mauvaises récoltes, dues à des causes climatiques et au sida. Car nulle part au monde la pandémie n'est aussi forte que dans cette région. Or, elle tue la classe d'âge active.

«Dans certains villages du Lesotho, il n'y a personne entre 5 ans et 55 ans: tous morts!», explique Mme Berthiaume. «Après une guerre ou une catastrophe naturelle, les survivants se remettent aux cultures. Là où le sida a frappé, une génération - hommes et femmes - disparaît en partie ( en 10 ans, l'espérance de vie a diminué de 20 ans en Afrique australe) et les orphelins qu'elle laisse n'auront pas accès à son enseignement pratique ni, bien souvent, à l'école, parce qu'il leur faut travailler pour manger. Chaque année, 2000 instituteurs meurent en Zambie et Lusaka n'en trouve que la moitié pour les remplacer. On entre dans un affreux cercle vicieux, qui mène vers une extraordinaire régression», souligne Christiane Berthiaume.

Or, les appels du Pam en faveur de l'Afrique australe restent eux aussi peu entendus: 187 millions de dollars sont toujours attendus.

© La Libre Belgique 2005