Sommet sous haute surveillance

Le sommet mondial sur la société de l'Information (SMSI), qui s'est ouvert mercredi à Tunis, aura au moins servi à quelque chose: le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, y a eu deux entretiens dans la même journée avec le chef de la diplomatie israélienne, Sylvan Shalom.

Sommet sous haute surveillance
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Libération

CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE

Le sommet mondial sur la société de l'Information (SMSI), qui s'est ouvert mercredi à Tunis, aura au moins servi à quelque chose: le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, y a eu deux entretiens dans la même journée avec le chef de la diplomatie israélienne, Sylvan Shalom. Cela faisait des mois qu'Israéliens et Palestiniens ne s'étaient pas rencontrés à ce niveau. Pour le reste, rien à signaler au pays des libertés cybernétiques -comme d'autres ont été ceux des «libertés réelles».

Sur le fond des discussions, un accord a été conclu qui autorise les Etats-Unis à garder le contrôle de la gestion des noms de domaines Internet. Un revers pour tous les pays, y compris ceux de l'Union européenne, qui souhaitaient internationaliser la gestion du Web. Les participants sont seulement convenus de créer un forum international pour se pencher sur la lutte contre le courrier électronique indésirable (spam) et sur les moyens de combler le fossé technologique entre pays riches et pauvres.

Discours «censuré»

On peut reprocher beaucoup de choses au président tunisien Zine al-Abidine Ben Ali, mais pas de ne pas savoir choisir les mots: il a plaidé, lors de son discours d'ouverture du sommet, pour une société de l'information «juste, équilibrée et solidaire». Ni «libre», ni «ouverte», ni «démocratique». Ces «gros mots» n'ont pas troublé les débats des 23000 participants et la douzaine de chefs d'Etat présents au sommet, qui se tient au Kram, une banlieue de Tunis.

Seule l'avocate et prix Nobel de la paix iranienne Shirin Ebadi et le Président suisse, dont le pays avait accueilli la première phase en décembre 2003, ont dénoncé la censure et plaidé pour la liberté d'expression et d'information. Le chef de l'Etat helvétique, Samuel Schmid, n'y est pas allé par quatre chemins: «Pour moi, il va de soi qu'ici à Tunis, dans ces murs mais aussi à l'extérieur, tout un chacun puisse discuter en toute liberté. Il n'est pas acceptable que l'Onu compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu'ils ont critiqué leur gouvernement sur l'Internet ou dans la presse.» Comme par hasard, la télé d'Etat tunisienne a interrompu la retransmission de son discours.

Les autorités tunisiennes ont tout fait pour le bon déroulement de ce sommet, conçu comme une opération de prestige et de propagande: écoles et universités fermées, fonctionnaires en congé, circulation réduite, déploiement policier massif, notamment à cause de la présence d'une forte délégation israélienne à Tunis malgré l'absence d'un traité de paix entre les deux pays...

Mais un grain de sable est venu perturber ce bel ordonnancement. Huit, puis six, opposants politiques se sont mis en grève de la faim depuis le 18 octobre pour dénoncer l'absence de libertés en Tunisie, confirmée par un récent rapport de Human Rights Watch et les déclarations de trois rapporteurs spéciaux de l'Onu. Malgré de fortes pressions, le pouvoir n'est pas parvenu à «casser» le mouvement. Il s'en est alors pris aux médias étrangers venus en parler (lire LLB des 15 et 16-11-05).

La série d'incidents a fini par irriter Paris, qui a, pour une fois, critiqué Tunis. Les deux capitales risquent d'échanger de nouvelles amabilités aujourd'hui à l'occasion de l'arrivée de Robert Ménard, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), que les autorités tunisiennes ont décrété persona non grata. Elles ont opportunément déterré une plainte contre Robert Ménard, dont il n'avait jamais eu connaissance et datant de 2002, pour la brève occupation de l'Office de tourisme tunisien à Paris.

© La Libre Belgique 2005