Le parquet présente ses excuses aux accusés d'Outreau

Un procureur général qui donne, en pleine salle d'audience, une conférence de presse en forme de «mea culpa», une défense qui renonce à plaider après le réquisitoire du ministère public demandant... l'acquittement des six accusés: le procès, devant la cour d'assises de Paris, de six pédophiles présumés dans ce qui ressemble de plus en plus non plus à l'affaire d'Outreau mais au scandale judiciaire d'Outreau, a connu, mercredi, une nouvelle journée totalement extravagante.

J.-C.M. (avec AFP)

Un procureur général qui donne, en pleine salle d'audience, une conférence de presse en forme de «mea culpa», une défense qui renonce à plaider après le réquisitoire du ministère public demandant... l'acquittement des six accusés: le procès, devant la cour d'assises de Paris, de six pédophiles présumés dans ce qui ressemble de plus en plus non plus à l'affaire d'Outreau mais au scandale judiciaire d'Outreau, a connu, mercredi, une nouvelle journée totalement extravagante.

Le procureur général de Paris, Yves Bot, a reconnu que la justice s'était trompée à l'occasion d'une conférence de presse sans précédent, organisée la veille d'un délibéré décisif. Debout, en costume, derrière la barre où déposent habituellement les témoins, il a paru prendre ses distances avec le magistrat Fabrice Burgaud, qui a instruit l'affaire d'Outreau. A l'audience, Yves Bot avait envisagé l'hypothèse de poursuites disciplinaires contre ce juge, poursuites dont le déclenchement est soumis au ministre de la Justice, tout en estimant qu'il n'était pas possible de réduire cette affaire à la faute de deux ou trois personnes.

En attendant, le parquet général a requis l'acquittement des six accusés du procès en appel de l'affaire de pédophilie d'Outreau, brocardant le «manque d'humanité de la justice à leur égard» L'avocat général Yves Jannier, regardant les accusés, a lancé aux jurés: «Vous devez leur rendre leur honneur, pour que jamais ils n'aient à baisser les yeux, même s'ils veulent retourner à Outreau». «Pourquoi devrais-je forcément soutenir l'accusation? Je ne suis pas là pour faire condamner des innocents, je suis là pour parler au nom de la société», a-t-il ajouté.

Le procureur général Bot s'est adressé aux accusés: «Je voudrais vous dire mon regret en tant que magistrat, et aussi à votre égard», leur a-t-il dit.

Minute de silence

Les avocats de la défense ont annoncé après ce réquisitoire qu'ils renonçaient à plaider, démarche exceptionnelle. L'audience s'est terminée par un autre épisode jamais vu. Les avocats se sont levés pour observer une minute de silence à la mémoire d'un des 14 suspects, François Mourmand, mort en prison en juin 2002.

Les avocats des parties civiles ont alors quitté la salle. L'arrêt de la cour d'assises est attendu ce jeudi.

Si elle suivait le réquisitoire, 13 des 17 accusés initiaux de cette affaire seraient blanchis, compte tenu du fait que sept personnes ont été acquittées lors du premier procès qui s'est tenu au printemps 2004 dans le Pas-de-Calais.

Une telle décision serait sans précédent dans les annales de la justice criminelle française.

Le prêtre Dominique Wiel, 67 ans, l'huissier de justice Alain Marécaux, 41 ans, Daniel Legrand, 24 ans, Franck et Sandrine Lavier, 27 et 28 ans, Thierry Dausque, 33 ans, ont toujours clamé leur innocence.

Ils ont purgé de deux ans à trois ans et demi de détention provisoire durant l'enquête entre 2000 et 2004. Au premier procès, ils avaient été condamnés à des peines allant de 18 mois de prison avec sursis à sept ans de prison ferme.

© La Libre Belgique 2005

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