Les six accusés acquittés en appel

Les six accusés de l'affaire de pédophilie d'Outreau ont été acquittés jeudi par la cour d'assises d'appel de Paris, un épilogue au plus grand désastre judiciaire depuis l'après-guerre qui a été accueilli par des larmes et des applaudissements.

AFP

Les six accusés de l'affaire de pédophilie d'Outreau ont été acquittés jeudi par la cour d'assises d'appel de Paris, un épilogue au plus grand désastre judiciaire depuis l'après-guerre qui a été accueilli par des larmes et des applaudissements.

A la lecture du verdict, avocats et accusés se sont jetés dans les bras les uns des autres, essuyant leurs larmes tandis que le public applaudissait. Ils ont ensuite posé pour une photo de famille inédite sur les marches de la cour d'assises, alors que la famille de l'abbé Dominique Wiel entonnait un hymne flamand.

Au terme d'un délibéré de sept heures trente, les six accusés ont été déclarés innocents comme l'avaient été en première instance en juillet 2004 à Saint-Omer (Pas-de-Calais) sept autres de leurs "compagnons d'infortune".

"Ca a été très long. Je commençais vraiment à m'énerver. J'avais pas de doute bien sûr", a confié l'abbé Wiel, 68 ans. "On n'a plus de jambes, voilà, c'est fini", a soufflé Daniel Legrand, 24 ans, le plus jeune des accusés.

L'huissier Alain Marécaux, visiblement assommé, n'arrivait pas à quitter le prétoire, comme s'il avait du mal à croire à une décision qu'il espérait depuis des années et qui semblait inéluctable après des réquisitions d'acquittement général la veille.

Au total, 13 accusés sur 17 ont été déclarés innocents, une conclusion à laquelle nul ne s'attendait au début de l'affaire contre ces "présumés coupables", dont on disait qu'ils appartenaient à un réseau de pédophilie franco-belge.

L'abbé Dominique Wiel, Sandrine et Franck Lavier, Alain Marécaux, Thierry Dausque et Daniel Legrand, qui comparaissaient libres, étaient poursuivis pour viols, agressions sexuelles sur mineurs ou corruption de mineurs de 1995 à 2000.

Clamant leur innocence depuis le début de l'affaire, ils avaient été condamnés, au terme d'une "loterie judiciaire" selon la défense, à des peines allant de 18 mois de prison avec sursis à sept ans ferme.

Tous ont fait de longs mois de détention provisoire, dont un plus de trois ans. Ils vont devoir reconstruire des vies saccagées par un divorce, des enfants placés, des réputations ruinées.

Très rapidement, les avocats des six accusés devraient entamer des négociations avec la Chancellerie pour obtenir des indemnisations en réparation de la "faute lourde" de l'Etat. Les sept premiers acquittés ont déjà touché entre 300.000 et 500.000 euros, selon des sources concordantes.

Audience après audience, quasiment tous les témoignages -ceux des experts revenant sur leurs conclusions accablantes, ceux des policiers exprimant ouvertement leurs "doutes", ceux de certains enfants reconnaissant avoir "menti"- ont confirmé le déraillement du dossier, et plus particulièrement de l'instruction menée par le juge .

Des avocats ont notamment révélé que des pièces, lettres et rapport, à décharge de deux accusés ne figuraient pas dans le dossier. Les quatre condamnés définitifs, dont la principale accusatrice Myriam Badaoui, sont venus enfoncer le clou en disculpant totalement les accusés. Parmi les temps forts de cette affaire hors norme, l'intervention sans précédent du procureur général de Paris Yves Bot, l'un des plus hauts magistrats de France, qui avait requis en personne des acquittements en s'excusant pour cette "catastrophe". Dans la foulée, la défense avait même renoncé à plaider.

Cette affaire a fait trembler l'institution judiciaire, jetant une lumière crue sur le recours abusif à la détention provisoire. "C'est au scanner, à l'IRM qu'il va falloir passer ce dossier", a averti mercredi Yves Bot. Après le verdict, le garde des Sceaux Pascal Clément a annoncé dans une déclaration solennelle qu'il demandait une triple enquête administrative (police, justice, services sociaux) sur les "dysfonctionnements" de l'affaire, avec des sanctions à la clé.

Il a présenté ses excuses à tous les acquittés et a promis aux six innocentés de jeudi une "réparation" financière, comme cela avait été le cas pour les acquittés de Saint-Omer. L'affaire a fait des ravages bien au delà du cercle des accusés puisque des parents, pourtant jamais mis en examen, sont toujours privés de leurs enfants qui leur ont été retirés il y a quatre ans.

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