La furie musulmane culmine à Gaza

Les protestations conte la publication à travers toute l'Europe des dessins de Mahomet ne diminuent pas. Ce n'est pas un hasard si elles sont les plus virulentes parmi les Palestiniens.L'Union européenne tente d'éteindre l'incendie

La furie musulmane culmine à Gaza
©AP
Gérald Papy

Les protestations violentes consécutives à la publication de caricatures du prophète Mahomet dans un journal danois, puis dans plusieurs quotidiens européens, se sont concentrées essentiellement jeudi dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie.

Même Hamid Karzaï

Le bureau de la représentation européenne à Gaza a été dégradé par des manifestants et des menaces ont été proférées à l'encontre de ressortissants français, danois, norvégiens. Mais la publication transeuropéenne des dessins incline à penser que, désormais, tout Européen puisse indifféremment être pris pour cible de la vindicte des groupes extrémistes. Un Allemand a été brièvement enlevé tandis qu'à Naplouse, des protestataires déclaraient donner trois jours aux ressortissants européens pour quitter la ville.

Les protestations dans les autres pays arabo-musulmans ou dans les pays musulmans non arabes - peu mobilisés jusqu'à présent mais le pourtant très modéré et très pro-américain président afghan Hamid Karzaï a parlé jeudi d'une «insulte» à ne pas renouveler faite à un milliard de musulmans - ont été plus classiques. Et il n'est pas indifférent que la tension se soit focalisée dans les territoires palestiniens. D'une part, les réactions hostiles des pays industrialisés à la victoire aux élections législatives du mouvement islamiste Hamas ont attisé la haine anti-occidentale. Ce n'est pourtant pas ce groupe qui semble avoir attisé, en l'occurrence, les protestations de jeudi, mais bien les mouvements concurrents des Brigades des martyrs d'al Aqsa, liées au Fatah, et du Jihad islamique. Ce qui tendrait à penser, d'autre part donc, qu'on assiste à Gaza et en Cisjordanie à une surenchère dans la radicalisation islamiste, de très mauvais augure pour la stabilisation de l'Autorité palestinienne et pour la formation d'un gouvernement accepté par la communauté internationale.

Conscient de ce danger et de beaucoup d'autres, de la radicalisation des populations musulmanes à l'intégrité physique de ressortissants européens en passant par les intérêts économiques après des appels au boycottage de produits, des responsables européens, tout en défendant la liberté d'expression et de la presse, ont tenté d'éteindre l'incendie provoqué par la contagion de publication des caricatures.

«Initiative immature»

L'Union européenne étant directement visée, les commissaires européens en charge des Libertés, Franco Frattini, et en charge du Commerce, Peter Mandelson, ont pris position. «Je comprends les sentiments d'affront, de frustration, voire de chagrin, que les communautés musulmanes ressentent ces jours-ci», a commenté le premier. «Des faits de ce genre ne facilitent certainement pas le dialogue entre religions et cultures ni le processus d'intégration, long et fatigant, dans lequel de nombreux Etats membres de l'Union sont engagés», a-t-il poursuivi, tout en estimant que la publication des dessins ne peut «en aucune manière justifier les réactions auxquelles on assiste à l'encontre du Danemark et d'autres pays ou de l'Union Européenne».

Pour Peter Mandelson, «le fait pour d'autres journaux européens de republier ces caricatures ne fait que jeter de l'huile sur le feu de l'insulte initiale». Et de qualifier «cette initiative (de) plutôt grossière et plutôt immature».

CHRONOLOGIE

Le point de départ au Danemark

30 septembre 2005: le quotidien conservateur «Jyllands-Posten» publie sous le titre «Les visages de Mahomet» 12 dessins de caricaturistes. Les responsables musulmans au Danemark demandent des excuses officielles.

20 octobre 2005: onze ambassadeurs de pays musulmans en poste à Copenhague protestent contre la publication des caricatures auprès du Premier ministre libéral Anders Fogh Rasmussen, qui refuse de les recevoir.

10 janvier 2006: le magazine chrétien norvégien à tirage confidentiel «Magazinet» publie à son tour les caricatures au nom de «la liberté d'expression».

30 janvier 2006: le «Jyllands-Posten» présente ses «excuses» aux musulmans offensés.

1er février 2006: plusieurs journaux européens, dont le quotidien français «France Soir», publient à leur tour, au nom de la liberté de la presse, les caricatures.

© La Libre Belgique 2006


«France-Soir» interdit en Tunisie et au Maroc L'édition du quotidien «France-Soir» reproduisant les caricatures du prophète Mahomet a été saisie en Tunisie et interdite d'entrée au Maroc. «Au nom de la tolérance, le Maroc estime que le respect mutuel est exigé de tous et il ne peut, pour ces raisons, permettre ou accepter que soit bafoué un référentiel religieux partagé par toute la Nation islamique», a déclaré le ministère marocain de la Communication dans un communiqué, qui évoque «la publication par ce quotidien français de caricatures du prophète Sidna Mohamed sous des prétextes fallacieux de défense de la liberté de la presse». © La Libre Belgique 2006